Utiliser les routes contre le réchauffement climatique

Des mesures innovantes pour l’avenir.

Le projet Wattway, la route du futur ?

C’est un fait, les pics de température s’intensifient et se multiplient partout sur le globe. Lors de ces fortes chaleurs, les villes suffoquent, la qualité de l’air se dégrade et les citadins trinquent. En dehors des grands centres urbains, on n’est pas mieux loti : la sécheresse ronge le paysage, favorisant les incendies et impactant lourdement la biodiversité. Pour essayer d’atténuer les effets de ces hausses du mercure qui, hélas, se banalisent, certaines villes prennent des mesures parfois surprenantes.

UNE SOLUTION PARISIENNE
Vous connaissez sûrement le principe de circulation alternée, pratiqué notamment par les Parisiens lors d’épisodes de pollution accrue. Pour rappel, il s’agit de diviser le trafic de moitié: «les véhicules légers (voitures, scooters et motos) aux immatriculations impaires circulent les jours impairs, et les immatriculations paires les jours pairs», et cela jusqu’à ce que la mesure de crise soit levée.

UNE PROPOSITION AMÉRICAINE : DES ROUTES BLANCHES CONTRE LA CHALEUR
À Los Angeles, on pense que la solution pourrait venir de la route elle-même. La ville californienne, qui par ailleurs fait face à de sérieux problèmes d’approvisionnement en eau, cherche activement à abaisser les températures de ses «îlots de chaleur urbains», des zones situées en plein cœur de la ville qui se caractérisent par une élévation localisée de la température. Pour lutter contre ces points chauds qui dépassent facilement les 40° en été, la «Cité des Anges» a simplement décidé de recouvrir ses routes avec un revêtement blanc. Une méthode somme toute assez rudimentaire, mais bigrement efficace.

En effet, une route classique, au bitume anthracite, absorbe jusqu’à 95% des rayons du soleil, alors que le blanc les renvoie. Les premiers tests effectues en août 2017 sont très encourageants: les températures enregistrées aux abords des routes traitées ont immédiatement baissé de 6 à 7°C. Cerise sur le capot, cette peinture nouvelle génération n’aveugle pas les usagers. L’expérience pilote de Los Angeles est donc prometteuse. Combinées à une généralisation des toits végétalisés, ces chaussées fraîches pourront considérablement améliorer la qualité de vie des citadins et potentiellement aider à freiner le réchauffement climatique, même si ce n’est qu’à dose homéopathique.

Les climatosceptiques les plus cupides seront sans doute plus sensibles à l’aspect financier de la démarche. Aux USA, elle permettrait d’économiser près de 750 millions de dollars par an pour l’utilisation de l’air conditionné! A savoir que ce traitement coûte actuellement 40 000 dollars par mile (1,6 km) pour une durée de vie estimée à 7 ans.

Il y a quelques années, deux scientifiques préposés au laboratoire californien «Lawrence Berkeley» avaient calculé le bilan énergétique d’une ville repeinte en blanc, du macadam aux toitures. En théorie, une cité entièrement décolorée pourrait compenser 44GtCO2 (gigatonnes de CO2) par année, voire 57GtCO2, en ajoutant les bénéfices imputables à une réduction de l’utilisation de la climatisation.

LES ROUTES COMME SOURCE D’ÉNERGIE
Évidemment, en matière d’écologie, comme dans bien d’autres domaines, il y a tout et son contraire. Alors que certains s’affairent à refroidir les routes, d’autres préfèrent exploiter pleinement le potentiel du pavé ardent en le truffant de cellules photovoltaïques. Vous l’aurez compris, il s’agit ici de transformer nos tronçons routiers en panneaux solaires géants. La concurrence fait rage et plusieurs projets de routes solaires sont actuellement à l’étude dans différentes régions du globe.

Les précurseurs se trouvent probablement dans l’Idaho. Julie et Scott Brusaw planchent sur le sujet depuis dix ans à travers leur société «Solar Roadways», mais ils ont récemment été supplantés par la France, première à lancer un test d’envergure dans la petite commune normande de Tourouvre-au-Perche. Le 22 décembre 2016, la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal y inaugurait le premier kilomètre de route solaire du monde, totalisant 2800m2 de panneaux photovoltaïques sponsorisés par l’État à hauteur de 5 millions d’euros… On est bien loin des 25 000$ au kilomètre des routes blanchies.

Le projet, baptisé Wattway et qui a nécessité cinq années de recherches, est le fruit d’une étroite collaboration entre l’entreprise de travaux publics Colas (groupe Bouygues), de l’Institut national de l’énergie solaire (INES) qui groupe le Commissariat à l’ànergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et l’Université de Savoie. Le grand défi de Wattway consistait principalement à développer des cellules capables de résister à une circulation soutenue, comprenant des passages fréquents de poids lourds, mais également d’assurer aux usagers un revêtement offrant une adhérence optimale.

Au niveau de la productivité, 20 m2 suffiraient à couvrir les besoins en électricité d’un foyer (chauffage non compris) et le tronçon entier générerait assez d’énergie pour assurer l’éclairage public d’une petite ville de 5 000 habitants. Plus d’une année après sa mise en service, le kilomètre solaire a presque atteint ses objectifs, produisant entre 85 et 90% de la quantité d’énergie prévue, notamment en raison de quelques intempéries qui ont fait disjoncter l’installation. Près de 17 fois plus chère qu’une centrale solaire classique, la route photovoltaïque doit maintenant se développer suffisamment pour faire baisser les coûts, mais également répondre à certaines interrogations, comme la durée de vie de ses composants, leur résistance aux températures extrêmes ou comment assurer la production d’énergie lorsque la route est recouverte de neige ou de feuilles mortes.

UNE COMBINAISON GAGNANTE?
La véritable solution se situe peut-être à mi-chemin entre les deux. En octobre 2014, l’institut CSEM présentait à Neuchâtel des panneaux solaires de couleur blanche, en première mondiale. Nous serait-il possible d’envisager des routes solaires blanches, qui, en plus de rafraîchir l’atmosphère des villes, permettraient de produire de l’énergie? Si la réponse est oui, c’est là la promesse d’un avenir plus vert.

Leila Roelli


 

Auteur : tcsgeneve

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