Zurich, un exemple ?

Élue «ville la plus agréable pour les piétons» selon un test réalisé à l’initiative de l’association actif-trafic, Zurich semble être devenue un modèle en matière de mobilité douce. Une ville comme Genève pourrait-elle suivre un tel exemple? Analyse d’un phénomène en pleine mutation avec Reto Cavegn, directeur du TCS zurichois.

La mobilité douce est devenue à Zurich un enjeu majeur pour les pouvoirs publics, entraînant un maillage parfois hétéroclite de la ville dont le trafic motorisé se retrouve fortement freiné du fait d’une part, de la multiplication des zones 30 et d’autre part, des nouvelles limitations imposées aux portes de la cité. Si les automobilistes peuvent se sentir tenus à l’écart du centre-ville, les services des transports en commun sont quant à eux privilégiés, en passe de devenir l’un des modes de déplacement les plus utilisés par la population.

Vue aérienne de Zurich au couché du soleil, Suisse
Aerial view of Zurich’s cityscape panoramic at sunset, Switzerland.

Après leurs pieds, les zurichois préfèrent les transports en commun

Selon la répartition modale la plus récente, 41% des Zurichois utilisent en priorité les transports en commun (tramway, bus, S-Bahn), 26% privilégient les trajets à pied, 25% les véhicules ou engins motorisés pour seulement 8% qui déclarent se déplacer en vélo. Rappelons que la topographie de la ville de Zurich ne favorise pas vraiment l’usage quotidien de la petite reine, même si de gros efforts sont engagés en faveur du trafic cycliste, notamment grâce à la présence de plus en plus remarquée des vélos électriques. Parallèlement à cette tendance, en pleine croissance, on notera l’arrivée récente mais remarquée dans le paysage urbain des trottinettes, planches à roulettes et autres Segway.

A fond sur la campagne « Carvelo2go »

Afin de faire progresser la mobilité douce sans bannir pour autant la voiture, qui reste l’un des moyens les plus commodes et les plus sûrs pour aller d’un point A à un point B, la section zurichoise du TCS soutient activement le réseau de partage de véloscargos électriques Carvelo2go dans plusieurs quartiers. La vocation et la mission du TCS restent en effet d’améliorer les conditions de circulation, tout en réfléchissant à une cohabitation harmonieuse et efficiente des différents moyens de transports utilisés. À ce sujet, le TCS travaille activement sur un projet visant à dégrouper les voies de circulation entre usagers, de façon entre autre à éviter les «zones mixtes» où se côtoient (pas toujours avec bonheur) cyclistes, piétons et adeptes de la trottinette. Qui dit «mobilité douce» impose donc de favoriser à l’avenir non seulement les transports en commun mais aussi les engins et dispositifs électriques sans mettre systématiquement la voiture au rebut. Si la mobilité douce avance rapidement et sûrement à Zurich, la voiture (électrique ou pas) n’a pas dit son dernier mot.

Catherine Delaby

Reconnue une fois encore comme la 2e ville au monde* offrant la meilleure qualité de vie, Zurich attire chaque année de nombreux étrangers mais aussi beaucoup de Romands qui décident de venir s’y installer. Pourquoi fait-il aussi bon vivre, travailler, se déplacer et se cultiver dans la capitale alémanique? Premiers éléments de réponse avec Delphine Favier, Directrice Générale de Montblanc Suisse SA, qui vient régulièrement Outre-Sarine.

Dans quel canton habitez-vous ? Dans quel canton travaillez-vous ?

Delphine Favier : J’habite dans le canton de Vaud et me déplace à travers toute la Suisse régulièrement pour visiter nos cinq boutiques Montblanc et nos partenaires. Mon bureau se situe dans le canton de Genève, sur le Campus Genevois de la Haute Horlogerie à Meyrin.

À quelle fréquence venez-vous à Zurich ?

Une à deux fois par mois.

Pourquoi vous rendez-vous à Zurich aussi souvent ?

Pour des raisons professionnelles à 90%. Visiter notre boutique sur la Bahnhofstrasse, rencontrer un de nos partenaires, participer à un événement…

En moyenne, combien de temps restez-vous sur place ?

Un à deux jours, rarement plus.

Aimez-vous venir et séjourner à Zurich ?

Oui vraiment, car Zurich est une ville où l’on se sent vivant ! C’est énergisant ! En toute saison et à tout moment, les rues de Zurich s’animent et répondent à vos envies diverses de shopping,  de restaurants, de sorties… L’architecture est belle, il y a de beaux quartiers à découvrir et à visiter. Au cœur de la ville, on ressent une modernité et une qualité de vie indéniables.

Quel moyen de transport principal utilisez-vous pour aller à Zurich ?

Principalement le train, à la fois pour optimiser le temps de transport et pouvoir travailler. Également parce que vous arrivez au pied de la Bahnhofstrasse qui se trouve à 10 minutes à pied de notre boutique Montblanc.

Sur place à Zurich, comment vous déplacez-vous ?

La plupart du temps, je me déplace à pied pour m’imprégner au maximum de l’ambiance de la ville et prendre le pouls de ce qu’il s’y passe: une nouvelle boutique, une façade rénovée, la densité, l’apparence et la mine des passants… Lorsque je suis pressée, je saute dans un tram. Toujours à proximité, le réseau de tram y est rapide et fiable.

Si vous aviez le choix, quel serait votre moyen de déplacement idéal en centre-ville? 

J’ai le choix donc ma réponse est identique. J’ajouterai que pour une question de confort (car je suis souvent perchée sur des talons de 8 cm 🙂 ), je prends le taxi pour aller ou revenir d’un dîner ou d’un événement Montblanc.

À part la voiture, quels sont d’après vous les engins les plus utilisés à Zurich ? 

Pour avoir expérimenté régulièrement le tram aux heures de pointe, il semblerait que beaucoup de Zurichois apprécient ce moyen de transport ! J’ai aussi testé le risckshaw dernièrement pour une chasse au trésor organisée par Montblanc dans la ville : très drôle mais par sécurité, ce n’est pas le mode de transport que j’utiliserai régulièrement !

Estimez-vous que certaines villes suisses sont pionnières dans le domaine de la mobilité douce ?

J’ai cru comprendre que Zurich introduisait plus de 1500 e-trottinettes dès ce mois-ci : une idée intéressante en soi pour un trajet porte-à-porte et écologique, mais je reste dubitative sur les conséquences de la mixité et de la densité des utilisateurs de trottoirs. Certes de gros travaux ont été faits à Zurich pour les agrandir, mais vélos + trottinettes + poussettes + piétons vont-ils réussir à faire bon ménage ? Je citerai également Bale, où je me rends régulièrement pour notre boutique, comme ville bien adaptée à la mobilité douce.

Que pensez-vous que Zurich doit améliorer en termes de mobilité ?

La mobilité douce est très certainement à promouvoir, mais les places de parking manquent cruellement à Zurich. Cela pose problème aux boutiques de luxe du centre-ville car leurs clients privilégient définitivement le déplacement en voiture. La densité de ce type de boutiques à Zurich participe activement à la qualité de vie et à la notoriété de la ville à l’étranger. Il est donc primordial de les aider à faciliter la venue de cette clientèle. D’autre part, si le nombre de trottinettes et de vélos doit s’accroître, des pistes dédiées seraient un atout sécurité.

Si Genève pouvait s’inspirer de ce qui se fait à Zurich en termes d’aménagement pour améliorer les conditions de circulation, qu’est-ce que ce serait ?

Outre la nécessité d’avoir accès à des trottoirs plus larges, la question du Pont du Mont-Blanc mérite d’être posée. Ce pont est axe inévitable pour relier les deux rives de la ville ; on ne peut l’éviter. J’ai en mémoire un projet d’aménagement d’un pont ou d’un passage souterrain supplémentaire, qu’est-il devenu ? À Genève, le manque de place de parkings est aussi à déplorer. Si on prend l’exemple de la rue du Rhône (où se trouvent la plupart des boutiques de luxe), les clients ne peuvent souvent pas stationner…

En tant que General Manager de Montblanc Suisse SA, vous vous déplacez beaucoup entre Meyrin et Le Locle et Villeret où se trouve le site de production de Montblanc. Trouvez-vous qu’il soit facile et accessible de se déplacer en Suisse ?

Le relief de la Suisse est à la fois riche et varié. Le pays est environné de lacs et de montagnes, où il n’est pas toujours facile de se déplacer, notamment en hiver ! C’est pourquoi le réseau ferroviaire suisse est aussi bien organisé. Prendre le train, c’est simple, rapide, peu contraignant. Personnellement, c’est un moyen de transport que j’apprécie, parce que j’ai rarement vu des connections aussi pratiques (contrairement à la France, par exemple) ! Pour le reste, je dirai que l’accès à certaines villes comme Zermatt ou Le Locle et Villeret, où je me rends régulièrement, relève presque de l’exploit sportif J Niché entre les montagnes, ce petit coin de nature et de verdure se mérite. Cette difficulté d’accès fait d’ailleurs complètement partie du charme du lieu. Et participe à la préservation de sites authentiques que les clients apprécient beaucoup. Et nous aussi !

Propos recueillis par C.D.

*Selon le classement 2019 du cabinet américain Mercer

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