Les jeunes en difficulté sur la route

Depuis 2008, la journée « Sauver une vie » initiée dans la commune de Bernex vise à sensibiliser les jeunes autour des comportements à risque sur les routes. Avec Sabina Ritter et Florian Joye qui sont au cœur du projet, retour sur une initiative qui représente aussi une formidable leçon de vie…

© « Sauver une vie », TCS. 25 jeunes ont participé le 12 octobre 2019 à la journée « Sauver une vie ».

Pouvez-vous nous rappeler l’origine et les principes de l’action « Sauver une vie » ?

Sabina Ritter, Cheffe de Poste de la Police Municipale de Bernex : À la suite d’un accident mortel survenu en 2007 entre Plan-les-Ouates et Perly avec trois jeunes comme victimes principales, nous nous sommes demandé comment créer un déclic auprès de cette cible, souvent plus exposée aux dangers de la route. Florian Joye, Travailleur Social Hors Murs (TSHM) – FASe : L’idée était de faire quelque chose de concret, de mobiliser de nombreux partenaires autour d’un projet commun qui ait du sens, sans chercher à faire la morale ni à montrer du doigt les comportements à risque. Il importe que les différents acteurs ne soient jamais dans le jugement, mais dans l’écoute et la bienveillance.

Comment cette action est-elle perçue ?

Sabina Ritter : De manière de plus en plus positive, à la fois de la part des politiques et des partenaires qui, rappelons-le, sont la fondation Road Cross, le Service cantonal des véhicules, la police, les HUG, le Service d’Incendie et de Secours et le TCS. Florian Joye : Sans oublier les jeunes qui participent chaque année à cette journée et se montrent à la fois concernés et très impliqués. Depuis le lancement en 2008, nous avons réussi à faire venir plus de 200 participants âgés de 16 à 22 ans.

Après plus de 10 ans d’existence, quel bilan ?

Sabina Ritter : Un bilan extrêmement positif! Il y a une forme d’engouement qui se crée et s’amplifie autour du projet. Au fil du temps, les partenaires ont appris à travailler ensemble et à se mobiliser de manière toujours plus engagée. Chaque année, de nouveaux intervenants cherchent à se joindre au mouvement. Florian Joye : La réussite est vraiment palpable. Les jeunes qui assistent à cette journée se rendent vite compte qu’ils ont en face d’eux non pas juste des pros, mais avant tout des personnes qui ont un cœur et ressentent des émotions face à des situations dramatiques vécues en direct.

Comment faites-vous venir les participants ?

Florian Joye : Nous sommes sans cesse sur le terrain. Ces jeunes, on les connaît, on les côtoie, on bosse avec eux au quotidien. Ce sont eux qui font marcher le bouche à oreille et parlent entre eux. Ils sont nos meilleurs relais. Sabina Ritter : Sans compter que cette journée représente un vrai challenge et dure plus de dix heures! Il faut se lever tôt, se retrouver un samedi matin à 8 h tapantes avec les intervenants et d’autres jeunes, se tenir attentif aux photos, vidéos et films diffusés et savoir se montrer proactif. Outre les explications des professionnels impliqués et les témoignages (toujours très appréciés) de victimes, les jeunes sont invités à entrer dans la peau d’un pompier… dans la mesure où ils doivent s’habiller en tenue et affronter une situation réelle de danger. Florian Joye : Comme par exemple une désincarcération d’un véhicule accidenté. Sabina Ritter : Heureusement, la journée se termine de façon très ludique et conviviale par l’un des ateliers de conduite du TCS, où les jeunes peuvent se faire plaisir en prenant conscience de l’intérêt de respecter les distances de freinage et de l’obligation du port de la ceinture qui s’avère bien utile en cas de collision ou de tonneau. Ajoutons à cela le fait que les jeunes peuvent, grâce à la présence de Stéphane Riesen, goûter aux frissons et aux «acrobaties» d’un vrai pro de la conduite!

En termes de chiffres, y a-t-il des résultats tangibles ?

Sabina Ritter : Cela reste difficile à chiffrer. Ce que l’on remarque, c’est que tout le monde fait de gros efforts en matière de prévention, qui passe d’abord par l’information. On en parle partout. Dans les médias et la presse, sur les réseaux sociaux… Dans la région, les dernières statistiques démontrent que les accidents mortels sont en baisse et la sécurité sur les routes en hausse. Florian Joye : On sait aussi que ce sont les comportements qui changent, surtout en amont. Le message de cette journée est passé quand un jeune nous dit qu’il va chercher – et trouver – la solution pour ne pas tomber dans le piège du comportement à risque. Et ça, c’est déjà une victoire… Sabina Ritter : Tout à fait! Le jeune qui se prépare à boire et fumer s’autorise désormais à laisser la clé de son scooter ou de sa voiture chez lui avant de sortir. Il se dit qu’il rentrera en transports en commun, ou avec le copain ou la copine qui ne boit pas.

Qu’est-ce qui marche le mieux auprès de cette cible : l’exemple, les témoignages, les discours didactiques, la démonstration trash?

Sabina Ritter : Un peu tout ça à la fois, avec différents ressentis bien sûr. Un truc qui marche bien, c’est le témoignage d’autres jeunes qui ont vécu un accident et acceptent volontiers de venir en parler. Florian Joye : Depuis deux ans, nous avons avec nous un jeune qui a eu un grave accident de vélo et est sorti avec un sévère trauma crânien. Il est là, avec les jeunes et les intervenants. Sabina Ritter : Et il n’a pas la haine… Il raconte ce qui lui est arrivé de manière cash, sans pathos. Physiquement il va bien, mais au fur et à mesure de la journée, il perd en attention et en concentration. Pour un jeune qui assiste à la journée, ce type de témoignage est irremplaçable. Parce qu’il est vrai !

Quel est votre meilleur souvenir à l’issue d’une journée « Sauvez une vie » ?

Sabina Ritter : À la fin de la journée, on sort de là épuisés mais heureux et comblés. On a la banane parce que plus on avance, plus la mayonnaise prend! On sait qu’on va recommencer l’an prochain avec d’autres jeunes qui seront dans une autre dynamique et une super ambiance. Florian Joye : C’est ce qui nous plaît et nous motive. La cerise sur le gâteau, ce serait de rendre cette journée obligatoire avant le permis !

Propos recueillis par Catherine Delaby

  1. Sabina Ritter est Cheffe de Poste de la Police Municipale de Bernex.
  2. Florian Joye est Travailleur Social Hors Murs (TSHM) – FASe.

Le jour J

Ce samedi 12 octobre a eu lieu la journée  » Sauver une vie » au Centre de conduite du Plantin. 25 jeunes tous issus des différentes communes genevoises ont participé à cette action, ils étaient accompagnés par les éducateurs de rue et les agents municipaux de chaque commune ainsi que par les représentants des partenaires.

Les jeunes avaient rendez-vous à 8h à la Brigade Routière et Accidents au Grand-Lancy. La matinée s’est découpée en trois rendez-vous avec :

  • la Fondation RoadCross et l’Office cantonal des véhicules. Des témoignages d’auteurs et de victimes d’accidents de la route se sont succédés, les jeunes ont été informés des conséquences pénales et civiles.
  • La Brigade Routière et Accidents a présenté les conséquences des conduites à risque;
  • les HUG – Service de neurorééducation ont sensibilisé les participants sur les conséquences physiques et psychiques.

L’après-midi a eu lieu un exercice de désincarcération d’un véhicule accidenté avec le Service d’incendie et de secours (SIS).

© « Sauver une vie », la désincarcération un exercice délicat.

A la fin de la journée, les jeunes participent à tour de rôle aux trois ateliers organisés par la section genevoise du TCS :

  • Voiture tonneau, sur le thème de la ceinture de sécurité
  • Le parcours «fatale vision », sur le thème de l’alcool
  • Démonstration des distances d’arrêt d’une voiture sur le thème de la vitesse

Les ateliers sont suivis d’un moment récréatif et d’un moment de partage durant lequel le débriefing a lieu, ce dernier est un moment clé de la journée car il donne la parole aux participants et permet de mesurer la portée de la journée.

© »Sauver une vie », Un message ?

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