L’indiscipline touche l’ensemble des usagers de la route

Prenez un carrefour caractéristique aux heures de pointe. Placez-y trois observateurs, le matin et le soir. Patientez quelques dizaines de minutes et vous obtenez un bon aperçu de la discipline et de l’indiscipline des usagers de la route à Genève. Première constatation : plus d’une personne sur dix commet de petites ou grandes infractions, quel que soit le mode de transport. Des infractions qui peuvent être source de danger, mais aussi de nuisances pour le trafic.

Avant de se placer au carrefour de la rue de Lyon et de l’avenue Wendt à Genève, les trois observateurs du TCS avaient déjà en tête une première idée de ce qui pouvait ressortir d’un tel exercice: ce n’est pas le mode de transport qui commet l’infraction, mais l’être humain qui le dirige. Une lapalissade, il est vrai, mais qu’il convient de rappeler pour comprendre qu’aucun type de véhicule n’a l’apanage de la discipline: les cyclistes, les automobilistes ou autres conducteurs de tous bords sont tous majoritairement bien disciplinés et respectueux des règles de circulation routière. Les comptages réalisés pendant 40 minutes le 9 décembre 2019 au matin et 45 minutes le 19 au soir aux heures de pointe démontrent toutefois qu’un peu plus d’un véhicule sur dix observés a commis une ou plusieurs infractions (et oui, certains les cumulent…). (Il serait intéressant de refaire les mêmes séances d’observation à l’heure actuelle.)

Sur 2096 véhicules observés, il a été dénombré 262 infractions, soit 12.5 %. Le type de faute est cependant différent selon le mode de transport. Quand les conducteurs de deux-roues motorisés ont surtout tendance à remonter les files de voitures par la droite en mordant sur la voie de bus, les automobilistes ont un faible pour griller les feux rouges, de même que les cyclistes malgré la largeur du carrefour et le danger qu’ils encourent.

Michel Gassner, chargé de sécurité routière du TCS Genève en action d’observation

Patience et longueur de temps

Autre spécialité en voiture: forcer le passage lorsque l’artère à la sortie du carrefour est pourtant bouchée. Résultat: lorsque le feu passe au vert sur la voie transversale, personne ne peut traverser, hormis les deux roues, motorisés ou non, ainsi que les piétons, qui slaloment entre les pare-chocs. Un mal bien connu à Genève, qui provoque parfois des situations chaotiques dans tout le quartier et accentue les problèmes d’engorgements et de bouchons. Parmi les anecdotes de ces deux séances d’observation, nous retenons une poignée de taxis, de véhicules utilitaires et un bus scolaire qui «ignorent» le feu rouge, un bus des TPG qui démarre plus vite que son ombre quand la barre est encore à l’horizontale, une voiture de la police municipale qui circule sur la voie du bus, de nombreux oublis de clignotants, une camionnette qui fait demi-tour sur une double ligne blanche et une autre qui roule de bon matin avec un pneu avant crevé, sans doute trop pressé d’aller au travail pour se rendre compte de la difficulté de manœuvrer dans de pareilles circonstances…

Enfin, les observateurs retiendront cette image symbolique de deux jeunes adolescents qui attendent sagement au passage piéton dont le feu est au rouge, tandis qu’un adulte fait fi de l’interdiction et traverse allégrement la chaussée. Ils se sont félicités dans un premier temps du travail réalisé dans les écoles par la police cantonale et les associations, mais déplorent dans la foulée que les mauvais comportements semblent s’installer avec le temps qui passe chez les plus grands.

Yves Gerber

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