Impact du télétravail sur la mobilité

Ces dernières années, la Suisse fait figure de pays pionnier en matière de télétravail. Bien avant le confinement dû au Covid-19, cette pratique de travail à domicile concernait plus de 27%* de la population helvétique à raison d’au moins un jour par semaine. Dans le secteur tertiaire, ce taux passe à 40%*. Avant et après le coronavirus, le point sur cette nouvelle forme de vie active qui est en train de s’imposer progressivement, et sur son impact direct ou indirect sur la mobilité.  

Télétravailler en Suisse, rêve ou réalité ?

En quinze ans, le télétravail a connu en Suisse un formidable élan, qui semble se confirmer dans de nombreuses entreprises et touche de plus en plus de secteurs d’activités. Les raisons d’un tel succès.

Longtemps cantonné au secteur tertiaire et aux professions indépendantes (métiers de la comptabilité, de la formation, de l’assurance, de la publicité, du journalisme, du coaching, etc), le travail à distance séduit de plus en plus de Suisses, toutes générations confondues, soucieux de concilier vie professionnelle et vie personnelle. Et de participer peu ou prou à la limitation des déplacements pendulaires en vue d’une mobilité plus équilibrée. De nombreuses études réalisées par des cabinets d’audit privés ou des organismes publics confirment cet état de fait.

Nouveaux métiers et télétravail

Ce phénomène a certes été rendu possible par la révolution digitale survenue il y a déjà presque trente ans et l’entrée massive d’Internet dans les foyers. Mais aussi par les changements de mentalité et les nouveaux modes de comportements incarnés par les générations Y et Z. Sans oublier la proportion élevée de professions encore méconnues il y a dix ans – community manager, développeur web, UX manager, influenceur, blogueur, etc – qui favorisent clairement cette nouvelle forme de travail, voire l’impliquent. Ces nouveaux métiers sont par définition pratiqués par des indépendants ou des free-lances, ce qui optimise d’emblée la flexibilité et la mobilité de ces derniers. Car qu’est-ce que le télétravail, sinon cette nouvelle forme de travail à domicile ou dans un autre lieu proche de chez soi qui se déroule essentiellement via les canaux de communication actuels: téléphones et ordinateurs portables, plateformes de visioconférences…?

Jeunes et séniors, ils sont tous pour 

Avant le boom du télétravail expérimenté par la génération Z (née à partir de 1997), le mouvement semble s’être conforté en Europe à l’initiative des Millennials. Ces natifs du début des années 1980 à la fin des années 1990 se révèlent de vrais adeptes du travail à distance autant par choix que par conviction. L’explosion récente – et le succès – des espaces de coworking dans la plupart des grandes villes suisses comme Genève, Lausanne ou Zurich, confirme la tendance. D’autres études récentes, comme celle réalisée par l’entreprise néerlandaise Spaces**, indiquent que le télétravail ne reste toutefois pas l’apanage des nouvelles générations. L’enquête de Spaces confirme en effet que plus de la moitié de Suisses nés avant 1964 travaillent à distance environ deux à trois jours par semaine, contre 41% de ceux faisant partie de la génération Y. La différence entre les générations réside plutôt dans le choix du lieu de télétravail, les séniors privilégiant le domicile tandis que les plus jeunes préfèrent de loin se retrouver dans des espaces de coworking.

Vers une nouvelle donne économique ?

À cette réalité correspond une organisation du travail qui est devenue elle aussi plus flexible, mais exige de la part des entreprises qui la proposent une restructuration non seulement de leurs espaces, mais aussi des tâches effectuées et des moyens pour y parvenir. Une entreprise ne peut demander à un collaborateur de travailler à domicile (ou dans un espace de coworking) si elle n’est pas en mesure de le cadrer un minimum et de lui fournir le matériel nécessaire à l’exécution de ce travail ; le téléphone et l’ordinateur portable connecté aux données et au réseau de l’entreprise semblant être le minimum… Autre condition nécessaire à l’implémentation du télétravail: la culture d’entreprise. La perception du télétravail fluctue souvent d’un collaborateur à l’autre, de même que d’un cadre à l’autre. Les notions de confiance mutuelle, de responsabilisation (ou empowerment), mais aussi d’entente sur tous les moyens de contrôle sont tout autant importantes (voire plus) que les aspects techniques ou organisationnels à mettre en place.

Le télétravail, un métier d’avenir ?

Si le télétravail semble avoir de beaux jours devant lui en Suisse, en Europe et dans le monde, notamment à cause de l’évolution du secteur tertiaire qui nécessite des emplois centrés sur le savoir (versus le faire) et les connaissances, les événements de ces derniers mois (la pandémie du Covid-19 pour ne pas la nommer) ont contribué de manière soudaine à sa généralisation. Confinement oblige, les pouvoirs publics de nombreux pays ont lancé un appel unanime aux entreprises implantées sur leur territoire en vue de favoriser et de faciliter auprès de leurs collaborateurs le travail à distance. Rien qu’en Suisse, les grands groupes du secteur tertiaire comme l’ensemble des PME-PMI , y compris celles du secteur industriel, ont dû se plier aux directives nationales, sans compter les administrations cantonales qui poussent largement dans ce sens.

Le télétravail confronté au coronavirus

Pour beaucoup, le télétravail est déjà une habitude bien ancrée. De grosses entreprises nationales ou internationales comme Migros, Swisscom, Nestlé, Givaudan, Procter & Gamble ou encore Philip Morris n’ont en effet pas attendu le coronavirus pour se mettre à l’heure du «home office». Chez le géant de la téléphonie suisse comme chez P&G, plus de 50% des collaborateurs s’y adonnent de manière régulière. Difficile pourtant d’en faire une alternative 100% «win-win» dans des secteurs de pointe comme la finance et la banque qui exigent un niveau extrêmement élevé de sécurité (et pas seulement en matière de données). Idem pour les secteurs dont la base de l’activité repose sur de la production (la haute horlogerie), sur l’accueil de personnes et/ou d’événements (hôtellerie, restauration, sociétés d’événementiel) ou sur le commerce considéré comme non essentiel. Même si de nombreuses manufactures horlogères de la Vallée de Joux ont fait du télétravail une réalité dans leurs services administratifs, de communication et/ou de RP, il n’en reste pas moins que ces piliers de l’économie de notre pays risquent d’affronter dans les mois qui viennent une crise sans précédent. Dans ce contexte incertain, seul le ciel semble être au beau fixe (au propre comme au figuré), débarrassé pour une part d’émissions produites par les différents moyens de transports, cloués au sol jusqu’à nouvel ordre. À l’heure de rédiger ces lignes, les autorités du canton enregistrent en effet une baisse de 40% du trafic habituel, une réduction de l’offre des transports publics équivalente à celle d’un dimanche et un repli du trafic aérien de 90%. Des chiffres qui dépassent largement ce que produirait une généralisation d’un «home office» à 20%, soit un jour par semaine seulement (lire l’article «Forcément mobile, le télétravail?»).

* Sources : Étude Deloitte Suisse («L’espace de travail du futur », été 2019 – Journée d’étude La Lettre du Cadre Territorial – Paris mars 2019 – CITEC Ingénieurs Conseils, Domaine Public 2246.

** Spécialisée dans la conception d’espaces de travail flexibles dans plus de 396 villes du monde entier.

(à suivre)

Catherine Delaby

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