Forcément mobile, le télétravail ?

Ce n’est pas un hasard si l’autre nom du télétravail est «travail mobile» ou «travail itinérant». Si son impact est réel et quantifiable sur notre rapport à la mobilité et sur les déplacements, le télétravail ne semble pourtant pas le mieux placé pour régler les problèmes de trafic à lui seul. Ni à Genève, ni ailleurs…  

C’est un fait, la Suisse est un petit pays doté d’un réseau d’infrastructures routières et ferroviaires parmi les plus compétitives d’Europe, voire du monde. Un investissement et des moyens qui ont permis à la population suisse, mais aussi frontalière, de choisir de vivre plus ou moins loin de leur lieu de travail.

Pendularité quand tu nous tiens

Chaque jour, des milliers de pendulaires effectuent en moyenne un peu plus de 36 kilomètres, un chiffre qui se répartit entre les usagers des transports publics (49%) et ceux qui préfèrent utiliser leur voiture (13%)*. Professeur de sociologie urbaine à l’EPFL, Vincent Kaufmann constate que la plupart «des Suisses deviennent de grands mobiles tout en restant sédentaires».

Différentes formes de télétravail…

Selon qu’il est pratiqué à domicile ou dans un espace de coworking et à quelles heures, le télétravail peut prendre différentes formes et entraîner différents comportements. Tout le monde s’accorde à dire «qu’il contribue à la flexibilité des horaires» comme le rappelle Michel Rey dans un article intitulé Les effets ambivalents du télétravail sur la mobilité. «Encore faut-il que les employés développent des pratiques de déplacement qui libèrent les heures de pointe, ce qui est loin d’être évident.» La plupart des citoyens se voient souvent contraints par des rythmes et des horaires imposés par la majorité des administrations, notamment scolaires. Il semble néanmoins que le télétravail minimise le taux de saturation du réseau des transports publics, notamment aux heures de pointe, et réduit le temps de stationnement quotidien ou hebdomadaire. Un argument qui devrait inciter les entreprises comme les pouvoirs publics à se tourner davantage vers la solution du télétravail.

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… pour différents effets

La généralisation du télétravail aurait pour effet bénéfique le désengorgement des différentes infrastructures aux heures où elles sont le plus empruntées. Comme nous le rappelle Gérard Métrailler, responsable du service politique du TCS: «En ne réduisant que de 10% les trajets de personnes aux heures de pointe, on pourrait retrouver les conditions de circulation qui prévalaient sur nos routes il y a six ans et ainsi améliorer notablement la fluidité du trafic. En théorie, il suffirait d’un jour de télétravail en moyenne par pendulaire, judicieusement réparti sur la semaine, pour désamorcer l’actuel problème de surcharge chronique de nos infrastructures de transport». Un argument qui pèse son poids face aux prévisions d’augmentation du trafic (+20% d’ici 2040), qui s’accompagneront vraisemblablement d’une taxation des heures de pointe. Et comme le souligne à juste titre Gérard Métrailler: «les premières victimes de cette gestion du trafic par le prix seront les bas revenus que l’on retrouve souvent dans des activités où la flexibilité des horaires est moindre». D’où l’intérêt d’agir au niveau politique pour adapter les infrastructures aux besoins, flexibiliser les horaires de travail et d’études, et bien sûr, promouvoir le télétravail. Et vous, êtes-vous prêt-e à renoncer définitivement au travail «classique»? Une nouvelle ère est assurément en train de se dessiner…

* Sources : Journée d’étude La Lettre du Cadre Territorial (Paris, mars 2019) – «La mobilité en questions» ppur.org (2017).

** Article paru sur le site www.domainepublic.ch/articles/35001 ( 25 mai 2019).

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