Civique et discipliné, le confinement ?

À crise exceptionnelle, comportements exceptionnels. Si le trafic a baissé de plus de 60% sur le territoire genevois, la baisse des excès de vitesse relevés par les radars fixes n’est que de 7,2% d’après les chiffres de la police cantonale. Le confinement aurait-il eu une incidence directe ou indirecte sur le civisme et la prudence légendaires des citoyens helvètes? Le point avec le Major Patrick Pulh, chef de la police routière.

Il suffit de jeter un œil dans la rue du Marché vers midi, si vide, si calme, tellement peu bruyante par rapport à d’habitude pour constater que le confinement a indéniablement changé les comportements, mais aussi et surtout les modes de déplacement. À quelques jours d’un déconfinement progressif annoncé dès le 27 avril pour une Suisse bien décidée à «agir aussi vite que possible, mais aussi lentement que nécessaire» comme l’a rappelé Alain Berset jeudi dernier à Berne, le TCS s’interroge. Comment la population genevoise et les frontaliers réagissent-ils face aux restrictions diverses de leur mobilité? En d’autres termes, la baisse du trafic a-t-elle entraîné incidents d’incivilité, comportements à risques et autres accidents divers…

Genève, ville fantôme ?

Si le flux circulatoire a, selon la police cantonale, diminué des deux-tiers dans tout le Grand Genève depuis le début du semi-confinement décidé par la Confédération à la mi-mars, le comportement des automobilistes et des usagers des deux-roues a lui aussi changé. Et pour cause: les rues de la ville au jet d’eau, tout comme ses routes et autoroutes environnantes sont devenues aussi vides qu’en plein mois d’août, voire davantage. Difficile dès lors pour certains de respecter au doigt et à l’œil les règles et usages élémentaires comme nous relate le Major Patrick Pulh: «les automobilistes vont plus vite et les cyclistes ont tendance à brûler les feux rouges plus qu’avant, baisse de la circulation oblige». Dans une Genève devenue ville fantôme (comme la plupart des capitales d’Europe et grandes agglomérations du monde), les gens se déplacent moins fréquemment et moins volontiers, mais cela ne les empêche pas de braver certains interdits et en particulier de conduire plus vite.    

Excès de vitesse en hausse

Dans le feu de l’action depuis le début du confinement, les services de la police cantonale genevoise constatent en effet que les automobilistes et motocyclistes sont devenus moins attentifs aux règles de circulation. C’est ce qu’indique le relevé des radars fixes entre le 16 mars et le 14 avril 2019 et aux mêmes dates de cette étrange année 2020. En comparant les 26’980 infractions constatées en 2019 avec les 25’062 notifiées cette année sur la même période, on se rend compte que le delta entre les deux chiffres (1’918) s’avère finalement faible quand on le reporte à la baisse du trafic routier. Le responsable de la police routière explique ce chiffre avec philosophie: «À Genève, la densité circulatoire n’est plus du tout la même. Habitués à conduire au milieu d’une bonne file de voitures devant et derrière eux, les Genevoises et Genevois ont découvert le plaisir inédit d’emprunter des voies quasi libres de toute circulation. Une situation qui incite à aller plus vite et à faire moins attention». Dans le contexte du confinement, il semblerait que les règles standards ou normatives en matière de conduite soient considérées comme plus «futiles», et apparaissent donc comme moins nécessaires.

Perception d’ensemble  

À quelques jours de la reprise progressive d’une vie à la normale, le ressenti reste le même pour bon nombre d’entre nous. «Nous sommes aujourd’hui face à quelque chose qui nous dépasse. La police s’est vue obligée de se tourner vers beaucoup plus d’activités sanitaires que d’habitude et d’adapter son fonctionnement en conséquence, ce qui a été fait rapidement et avec efficacité». Il faut reconnaître que les forces de la protection civile, les pompiers et la police accomplissent un travail de prévention et d’assistance remarquable, dans le but d’accompagner la population à respecter les règles édictées par le Conseil Fédéral. Un fonctionnement tripartite qui fait chaque jour ses preuves, et témoigne bien de la confiance qu’ont les Genevoises et les Genevois dans leurs institutions.

Discipline exemplaire

Les Suisses restent par nature respectueux des règles établies, et font preuve de responsabilité. «Dans ce genre de situation, souligne le Major Patrick Pulh, le citoyen suisse se comporte de manière exemplaire. Chacun a pris à cœur et à corps les prescriptions données, ce qui facilite les choses en ces périodes de crise». Pour l’ensemble de la population, la police reste en effet un pilier fort et incontournable, garant de la sécurité et du bien-être commun. À l’instar des pompiers et des militaires, les policiers ont un rôle à jouer et tous prennent ce rôle très au sérieux. «Un policier s’engage pour protéger et servir son peuple. Là se trouve notre vraie mission». Le regard porté par la population sur ces professionnels engagés au quotidien s’avère à la fois bienveillant et reconnaissant.

Un avant et un après

Pour répondre de manière pertinente aux différents besoins des habitants, les services de la police genevoise ont dû se réorganiser rapidement et s’équiper en conséquence avant d’agir sur le terrain (masques, gels hydroalcooliques, respect des gestes barrières en interne et à l’externe, etc). «Dans ce type de crise sanitaire, de nombreuses inconnues demeurent et surtout, les consignes peuvent changer du jour au lendemain. Du coup, nous sommes forcés de réagir à l’instant T». Le retour à la normale risque de se faire progressivement et en douceur, l’activité sanitaire diminuant au fur et à mesure de la reprise de la vie économique qui, quant à elle et comme on l’espère tous, va aller en augmentant.

Que fait la police ?

Alors que la vie reprend doucement dans les rues de Genève, avec par exemple la réintroduction des marchés, les policiers sont plus que jamais opérationnels et au rendez-vous. «Sur place, nous accompagnons les marchands et les acheteurs pour faire respecter et appliquer la bonne marche des règles fédérales et cantonales».  Dans l’ensemble, tout le monde joue le jeu et la police n’a pas relevé plus de conduites immodérées ou de comportements malveillants qu’en temps normal.   

Cercle vertueux

Force est de constater que la diminution de la mobilité a donc eu quelques effets positifs. Parallèlement à la baisse drastique des flux de circulation, une diminution des accrochages et des accidents se fait également sentir. Comme une conséquence indirecte de cet immobilisme forcé, les forces de l’ordre notent par ailleurs une diminution très nette des cambriolages et de la criminalité, même s’ils ne peuvent pour le moment donner de statistiques. Preuve que le confinement n’aura finalement pas eu que des mauvais côtés… 

Catherine Delaby

Un grand merci au Major Patrick Pulh

Sources : lemessager.fr au 24/03/2020 – « Pandémie : Comment le coronavirus a mis Genève au pas » article paru dans la Tribune de Genève le 06/04/2020 – « En Suisse, un déconfinement à petits pas » par Ian Hammel – Le Point international du 17/04/2020.

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