30 km/h partout, tout le temps…

Bardées de ralentisseurs, les zones 30 sont apparues pour protéger les riverains de tronçons de routes urbaines ou villageoises. Souvent réclamées à cor et à cri par ces populations, elles tendent à se multiplier. Cette mesure simple sinon simpliste est désormais omniprésente dans de nombreuses localités, comme la ville de Carouge, mais c’est insuffisant aux yeux de certains, qui en veulent la généralisation la nuit dans toutes les localités. Dame: en roulant lentement, on ménage le sommeil des riverains… surtout quand on passe sur une succession de ralentisseurs et qu’on accélère aussitôt qu’on les a franchis!

Didier Fleck


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Ondes vertes ou rouges ?

C’est au milieu du siècle dernier que sont apparus puis se sont généralisés les signaux lumineux.

D’abord pour tenter de sécuriser des carrefours, ensuite pour réguler le trafic. On s’avisa assez vite que la fluidité de celui-ci commandait une certaine continuité pour ne pas le hacher et l’on «inventa» les ondes vertes, soit une succession sur une même artère de feux calés sur la vitesse autorisée. Mais si cette harmonisation convient à l’automobiliste, on considéra un peu plus tard qu’il fallait protéger la ville de ces flots de véhicules ainsi libérés et l’on fit machine arrière jusqu’à créer une sorte d’anarchie des carrefours… Or, le TCS l’a démontré, les bouchons qui s’ensuivirent sont cause non seulement d’énervement, mais de nuisances amplifiées par la succession des arrêts et redémarrages.

Retour à l’onde verte, dit alors le ministre des transports. On vous propose (notamment) la route de Chancy plusieurs fois par jour à des heures diverses et dans les deux sens pour vous en convaincre!

Didier Fleck


Maître Bonnant « l’incroyable arrogance des prioritaires »

Rencontre lors du premier Salon international de l’écriture : nous avons interrogé Me Marc Bonnant à propos de la mobilité à Genève. «Je suis un très mauvais sujet, je ne me déplace qu’en voiture, de préférence avec le chauffeur. Je n’aime pas la promiscuité des transports publics. J’en vois la nécessité, mais la foule, le groupe que je ne choisis pas m’est toujours une offense.»

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QUE PENSEZ-VOUS DE LA GESTION DE LA MOBILITÉ À GENÈVE?
Je crois que l’on va de paralysie en paralysie. Certainement nos édiles sont très compétents, mais je ne sais pas très bien comment ils organisent le mouvement. Ils n’en finissent pas de faire des travaux, d’innover mais, au bout de ces innovations, c’est plus une fluidité promise qu’une fluidité acquise. Je suis frappé quand je circule à Genève, et je circule peu, à quel point il est difficile d’aller vers une destination. Presque tout devient aventure.

Presque tout devient aventure

QUE PENSEZ-VOUS DE CETTE TENDANCE DE VOULOIR FAVORISER LA MOBILITÉ DOUCE, COMME SI TOUT LE MONDE DEVAIT ALLER À PIED OU À VÉLO?
Je vois l’idéal qui sous-tend cette proposition-là. Il se trouve que nos vies
obéissent à des rythmes. (…) Et ce rythme là rend, me semble-t-il, difficile que l’on se promène en musardant, dans le bonheur des traversées buissonnières. Aujourd’hui, ce qui me frappe si l’on songe aux grandes évolutions de notre société, ce que je dis n’est pas d’une grande originalité, c’est moins le contenu de la nouveauté que le rythme de la nouveauté. Cela était déjà prédit il y a cinquante ans par un sociologue qui s’appelle Töffler(*), et qui parlait du choc du futur, qui disait que c’est moins un contenu qu’une cadence. Nous faisons des choses perpétuellement, nous sommes perpétuellement en mouvement, le mouvement s’accélère et les techniques conduisent à cette accélération. (…) Je pense que la modernité se caractérise notamment par l’accélération des rythmes et il faut que l’on pense à ce rythme comme étant une matière et pas simplement une cadence. Quand je dis que la cadence est une substance, c’est qu’il faut penser véritablement cette accélération de nos vies qui probablement en altère le contenu.

QUAND VOUS CIRCULEZ À GENÈVE, QUE PENSEZ-VOUS DE LA MIXITÉ DE TOUS CES TRANSPORTS, PIÉTONS, CYCLISTES, SCOOTERS, AUTOMOBILES? ET DES COMPORTEMENTS QUI DEVIENNENT UN PEU SAUVAGES?
Ce qui me frappe, mais une fois encore le trait est un peu outré, c’est l’incroyable arrogance des piétons. L’arrogance un peu moindre des cyclistes. Au fond, plus on est loin de la mobilité, plus on est arrogant. Avec cette manière d’être sûr de son bon droit et d’incarner l’avenir. C’est un peu futile, mon appréciation. Mais lorsque je laisse passer très naturellement un piéton, il traverse sans un regard, sans un sourire, sans un salut, avec cette lourde arrogance de celui qui est dans son bon droit de prioritaire. L’arrogance des prioritaires!

Au fond, plus on est loin de la mobilité, plus on est arrogant.

(*) Alvin Töffler, sociologue et futurologue. Livre: «Le choc du futur».
Gil Egger


 

Cody Almond: tram, vélo, auto

Cody Almond est un joueur de hockey sur glace canadien. Il évolue en tant que centre et fait les beaux jours du GE Servette HC. Grâce à une grand-mère originaire du canton de Soleure, Cody Almond possède la nationalité suisse. Cela lui a permis de revêtir le maillot de l’équipe suisse et de participer aux championnats du monde de hockey sur glace de 2015 en République tchèque.

QUEL EST VOTRE RAPPORT AVEC LA MOBILITÉ?
À Genève, les transports publics sont très simples et faciles à utiliser. Je préfère, la plupart du temps, utiliser le tram plutôt que de me mettre au volant.

AVEZ-VOUS UN MODE DE TRANSPORT QUE VOUS PRÉFÉREZ?
L’équipe du GE Servette HC m’a procuré un vélo électrique lors de ma deuxième saison. Et je l’utilise presque tous les jours. C’est assez facile et très rapide de circuler à vélo dans la ville de Genève. Grâce au marquage des pistes cyclables, la sécurité est bien assurée.

AVEZ-VOUS UNE ANECDOTE PARTICULIÈRE QUE VOUS AIMERIEZ PARTAGER AVEC NOS LECTEURS?
Lors de ma première saison à Genève, je n’avais encore jamais conduit en Europe. Et cela peut être assez différent par rapport au Canada. Je n’étais pas habitué aux petites
routes ainsi qu’aux règles de circulation suisses. J’ai fait, ainsi, l’erreur d’emprunter les voies de bus et de tram beaucoup plus que raisonnablement. Avant un match contre le HC Berne, j’ai accidentellement conduit à contresens dans un sens unique et j’ai embouti une voiture sur le côté. Une femme très fâchée m’a hurlé dessus en français. Je me suis senti terriblement dépourvu et désolé. Au final, j’ai mis cela sur le compte de
la malchance, d’autant plus que nous avons perdu le match contre les Bernois.

QUELLE EST LA VOITURE DE VOS RÊVES?
La voiture de mes rêves est une Aston Martin DB10 (la voiture de James Bond). J’ai eu le plaisir de participer à un test de conduite organisé par Aston Martin avec certains coéquipiers du GE Servette HC. Nous avons tous eu la possibilité de prendre une voiture avec un pilote professionnel et de conduire à travers la campagne genevoise.

QUE FAUDRAIT-IL POUR DÉBLOQUER LE PROBLÈME DE LA MOBILITÉ À GENÈVE?
Des voitures volantes!

 

Les émoluments moins chers

Mise au point avec Pierre Maudet.

Comprenez-vous les critiques qui ont été émises à propos des anciens tarifs d’émoluments en matière pénale ?

Les critiques étaient fondées dans la mesure où la hausse du montant de certaines amendes décidée en 2015, couplée avec la hausse des émoluments du service des contraventions déjà en vigueur depuis le début de l’année 2014, pouvait conduire dans certains cas au versement de montants globaux hors de proportion par rapport à la gravité de l’infraction considérée. Il s’agit d’adapter les frais des services aux réalités, de les réajuster au plus près de ce qu’ils coûtent à la collectivité et de sensibiliser la population aux coûts réels engendrés par le traitement de ces infractions.

Sur quel(s) principes le Conseil d’Etat a-t-il établi les nouveaux tarifs ?

Le Conseil d’État a fait procéder à une analyse juridique et financière de la question, qui a permis de proposer un nouveau barème fortement réduit. Concrètement, le barème actuel, composé de 5 paliers forfaitaires avec des émoluments échelonnés entre 50 fr. et 500 fr., est remplacé par un nouveau barème à six paliers forfaitaires avec des émoluments échelonnés entre 20 fr. et 150 fr.

Dès quelle date ces nouveaux tarifs sont-ils applicables ?

Ces nouveaux tarifs sont applicables depuis le 1er janvier 2017.

Est-ce qu’à votre avis les justiciables paieront des émoluments qui correspondent au coût réel du travail administratif correspondant pour l’Etat ?

Il est communément admis que les émoluments constituent une contre-prestation de droit public pour l’activité déployée par l’État. Les émoluments doivent respecter trois principes: celui de la légalité, celui de la couverture des frais et celui de l’équivalence, à savoir que chaque émolument doit être en rapport avec la valeur objective de la prestation fournie par l’État et rester dans des limites raisonnables. Les nouveaux tarifs des émoluments ont été calculés en conséquence. En outre, il est possible de prévoir des émoluments plus élevés pour les affaires les plus importantes.

N’y a-t-il pas un impôt déguisé derrière les émoluments ?

Il ne s’agit assurément pas d’un impôt puisqu’ils ne sont pas fixés selon le revenu individuel de la personne concernée. Les émoluments ne devraient pas non plus apparaître comme une source de recette supplémentaire attendue. De ce point de vue-là, j’ai toujours considéré qu’il était ambivalent pour ne pas dire franchement contestable de budgéter des recettes en la matière, car c’est un peu comme si l’autorité faisait le pari d’une incivilité rentable et fixait un objectif financier à atteindre, alors même que l’objectif serait de ne plus avoir à décerner d’amendes en raison de l’absence d’infractions. En réalité, s’agissant des émoluments, chaque infraction génère un travail administratif qui doit être rétribué à sa juste valeur et sans préjudice pour les contribuables qui n’ont pas fauté, eux.