« Sa voiture, son chez soi. » Marc Rosset

Marc Rosset, premier champion olympique de tennis sacré en 1992, fait partie du cercle très fermé des rares joueurs au monde à avoir remporté un tournoi sur les quatre surfaces différentes. Il est désormais consultant auprès de la TSR et directeur sportif du Geneva Open ATP 250.

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Certaines personnes se rappellent qu’en 1989, lorsque vous aviez gagné le Geneva Open, vous vous rendiez au Tennis Club des Eaux-Vives en scooter avec un L. Aujourd’hui, comment vous déplacez-vous à Genève ?
Juste après ma victoire, j’ai longtemps roulé en voiture rapide. C’était une époque où l’on pouvait encore rouler assez vite. Depuis, cela m’a passé. Maintenant, j’alterne entre voitures, motos et scooters. Il est vrai qu’avec le temps je suis devenu motard.
J’ai découvert la moto il y a une dizaine d’années. À Genève, c’est plus simple de se déplacer à moto et c’est aussi un remarquable moyen pour découvrir de magnifiques paysages. Le sentiment de grande liberté que l’on ressent lors de virées est indescriptible.

Ce sentiment de liberté, le ressent on seulement en roulant à moto ?
Non, pas nécessairement. L’être humain a ce sentiment dès qu’il est dans sa voiture. Lorsque, par exemple, vous revenez de vacances ou de voyages d’affaires et que vous atterrissez à Cointrin, deux sentiments contraires peuvent vous habiter. Si vous rentrez chez vous en taxi, vous prolongez en quelque sorte votre voyage. Mais dès que vous êtes dans votre voiture, vous êtes déjà chez vous.
C’est votre espace de liberté.

Comment appréciez-vous la mobilité en ville de Genève ?
Je relativiserai. Nous les Genevois avons toujours tendance à nous plaindre. À gueuler. Mais, quand vous sortez de Genève, et que vous vous rendez à Moscou ou à Saint-Pétersbourg — des villes que je connais bien pour m’y rendre régulièrement — la réalité est très différente. Moscou, une ville de plus de 10 millions d’habitants, subit des embouteillages beaucoup plus importants qu’à Genève. Alors qu’ici, il suffit que ça bouchonne entre la rue de Lausanne et le quai Gustave-Ador pour que tout le monde s’énerve. Et puis les Genevois râlent toujours contre les travaux. Mais il y en a toujours à Genève. C’est comme ça. En revanche, je dois reconnaître que j’ai un mode de vie sans vraiment d’horaires fixes. Et contrairement à d’autres, je circule rarement pendant les heures de pointe…

Les jeunes passent leur permis beaucoup plus tard, qu’en pensez-vous ?
Les nouvelles générations vont sans doute avoir une approche différente de la voiture et de la circulation. Les habitudes changent. Mes neveux ont un rapport au déplacement différent du mien. Leur abord est totalement distinct. Mais pas seulement.
Mon frère se rend à son bureau en vélo électrique. En hiver, les week-ends, quand il va avec sa famille en Valais, il utilise le train. Cela lui prend seulement deux heures et il évite les bouchons. Et il ne doit pas être le seul à agir de la sorte. Et pourtant, le vendredi à l’aller et le dimanche au retour, l’autoroute est toujours aussi pleine…

Aujourd’hui, quand vous vous rendez au Geneva Open, comment y allez-vous ?
Je m’y rends en moto, en scooter ou alors en voiture. Cela dépend du temps. Mais c’est quand même paradoxal. À Wimbledon, par exemple, je fais plus de distances en transport public. En fait, quand on est ailleurs on s’adapte. Alors que dans sa ville on recherche son confort!

Propos recueillis par Robin Bleeker


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Claude Devillard

Le plaisir de conduire comme avant a disparu

Claude Devillard

COMMENT VOUS DÉPLACEZ-VOUS À GENÈVE ?
Quand c’est nécessaire, je prends la voiture. De mon domicile d’Onex à la gare, je circule en tram. En un quart d’heure, je suis en ville, sans problème de parking ni de stress. C’est pour moi une question de rapidité! Mes quatre enfants ont tous le permis de conduire depuis leurs 18 ans. À mes yeux, cela reste le gain d’une certaine liberté. Ils ne veulent pas avoir leur propre voiture et s’enquiquiner à chercher où parquer, ils empruntent donc celles des parents. Ils se déplacent un maximum en transports publics. Lorsqu’il le faut, ils prennent un véhicule Mobility ou ils louent une voiture pour partir en week-end.

QUEL EST VOTRE RAPPORT À LA VOITURE ?
La voiture, c’était un sentiment de liberté d’une part, et le plaisir de conduire d’autre part. Aujourd’hui je dois reconnaître que je n’éprouve plus beaucoup de satisfaction à conduire comme avant. J’envisage d’ailleurs de mettre à disposition de l’entreprise un chauffeur car, selon le parcours, le voyage en transports publics peut s’avérer compliqué. Un trajet avec chauffeur permettrait d’optimiser mon temps en lisant mes e-mails et en effectuant mes appels. Le plaisir de conduire revient lorsque l’on fait un déplacement sympathique le week-end, hors des sentiers battus, loin de la circulation et sans stress. J’apprécie! Mais pour une utilisation professionnelle, c’est insupportable!

LA MAISON DEVILLARD EMPLOIE UNE CENTAINE D’EMPLOYÉS SUR DIFFÉRENTS SITES. SONT-ILS INCITÉS À PRENDRE LES TRANSPORTS PUBLICS ?
Oui absolument, on a même une prime spéciale mensuelle pour les collaborateurs qui adoptent la mobilité douce. C’est-à-dire TPG ou vélo. Nous leur offrons l’équivalent du prix de l’abonnement TPG. Ça marche bien! Et nous avons même construit depuis un garage à vélo!

QUAND LE CEVA SERA EFFECTIF ET SI L’OPPORTUNITÉ EN VAUT LA PEINE, ENVISAGERIEZ-VOUS D’OFFRIR À VOS COLLABORATEURS FRONTALIERS CES MÊMES CONDITIONS ?
Oui, tout à fait, s’ils ne prennent plus la voiture! Toutes les mesures que nous mettons en place pour diminuer le trafic sont favorables à tous.

PARLONS DES CYCLISTES: COMMENT LES RESSENTEZ-VOUS EN VILLE DE GENÈVE ?
C’est effrayant! Je pense que la plus grande source d’anxiété pour un conducteur quel qu’il soit, c’est les cyclistes. Majoritairement, ils débouchent de nulle part, ils brûlent les feux rouges, ils ne respectent ni les trottoirs ni les passages piétons.

À PROPOS DE LA MOBILITÉ À GENÈVE ET DES PROJETS D’AMÉNAGEMENT, NOUS PENSONS À LA GARE OU À LA TRAVERSÉE DU LAC PAR EXEMPLE, QUELLE EST VOTRE POSITION ?
Je pense qu’il faut agrandir la gare puisque le transport ferroviaire va augmenter. Ce que je regrette c’est que l’on n’ait pas finalisé la «raquette» (le tracé qui va de l’aéroport à la gare). Nous aurions pu proposer un projet d’agrandissement de la gare plus raisonnable et une meilleure fluidité dans le trafic. D’autre part, il est regrettable de ne pas avoir trouvé d’accord avec la gauche et les écologistes, pour construire un pont ou un tunnel sur le lac. Éventuellement un pont à deux étages, d’une part pour les véhicules individuels et d’autre part pour les trains.

VOUS VOYAGEZ BEAUCOUP ET VOUS CONNAISSEZ SANS DOUTE D’AUTRES VILLES COMPARABLES À GENÈVE. AVEZ-VOUS UNE RÉFÉRENCE OU UN MODÈLE EN MATIÈRE D’AMÉNAGEMENTS ET D’ORGANISATION DE LA CIRCULATION ?
À Paris, Londres, Berlin, Bruxelles, je n’imagine même pas circuler autrement qu’en transports publics. Ils sont bien organisés, notamment le métro qui dispose de connexions et de plans très pratiques. Prendre la voiture n’aurait pas de sens! J’ai eu récemment un coup de foudre pour la ville de Copenhague. Ils ont conçu des «autoroutes» pour vélos qui permettent une circulation fluide, rapide et en toute sécurité. En conclusion, il faut cependant souligner les travaux d’aménagement de la Voie verte à Genève, semblable à la Green Line de New York. C’est vraiment une réussite! Enfin, je suis convaincu que le modèle CEVA genevois, associé à un bon réseau de trams, devrait aider considérablement à l’amélioration du trafic en ville. Le CEVA sera très agréable autant pour ceux qui sont au-dessus que pour ceux qui sont en dessous!

Propos recueillis par Gil Egger


Alain Morisod

LA MOBILITÉ A GENÈVE ? UN SCANDALE!

COMMENT VOUS DÉPLACEZ-VOUS À GENÈVE ?
Essentiellement en bus, d’Anières, où j’habite, aux Eaux-Vives, où je travaille. Je suis abonné aux TPG depuis plus de 40 ans et je n’ai jamais appris à conduire. Pendant la journée, il arrive qu’un de mes collaborateurs m’amène à mes rendez-vous, sinon je fais appel à un taxi. Je suis un bon client des taxis, mais pas forcément des taxis Uber (rires).

POUR QUELLE RAISON ?
Je me sens proche des taxis genevois et leur service est très bon. Je les connais pratiquement tous.

VOUS NOUEZ DES RELATIONS DANS LES TPG ?
Ah oui! Certains chauffeurs sont très loquaces, d’autres plus discrets. Avec certains on se tutoie même. Pour la petite histoire, l’un d’eux m’a dit: «C’est vous ou bien vous lui ressemblez?». C’est assez sympathique. Selon moi, à Genève, les personnes qui gueulent contre les transports publics sont celles qui ne les utilisent pas. Ils sont à l’heure, ils fonctionnent tous les jours. On oublie que nous sommes mieux lotis qu’ailleurs, comme en France par exemple où la tolérance d’horaire est d’une demi-heure à trois heures. Je n’ai personnellement pas à me plaindre et je m’organise en conséquence. Le matin, par exemple, je pars tôt pour éviter de prendre le même bus que les élèves (trop de bruit).

LA MOBILITÉ EN GÉNÉRAL EN VILLE ?
La voie de bus sur le pont du Mont-Blanc a selon moi contribué à améliorer le trafic. Cependant, la situation à la place de la Gare est un scandale! On ne sait pas si ce sont les taxis qui doivent passer, les bus ou les piétons. On ferme de plus en plus de rues, on met en place des sens uniques… On n’y comprend plus rien. Quelle idée de mettre les voitures en épi le long de la rue du XXXI-Décembre aux Eaux-Vives! C’est tellement dommage! Cette avenue qui donne sur le jet d’eau! On se trompe de combat. De plus, les gens sont viscéralement indépendants, ils veulent aller avec leur voiture le plus près possible du bureau. On ne sait pas appréhender l’avenir à Genève!

AU SUJET DE LA RÉORGANISATION DE LA GARE ?
A voir, mais des emmerdes pendant des années. La rue des Alpes en double sens? Je ne savais pas. La nouvelle gare est cependant très très belle, un truc super, et qui reste super fonctionnelle.

VOTRE AVIS SUR LE COMPORTEMENT DES CYCLISTES ?
Les avis sont partagés, cela dépend des jours. Parfois je sors de mon allée et j’aperçois des cyclistes qui arrivent et me bousculent… Quant au pont du Mont-Blanc, on n’en parle même pas. Ils n’ont rien à faire là! Même s’ils veulent emprunter une piste cyclable, ils ne prennent pas en compte les signaux de circulation. Et avec une telle impunité, ils se croient parfois tout permis.

QU’EST-CE QUI VOUS ÉNERVE DANS LA VIE QUOTIDIENNE AU SUJET DE LA CIRCULATION ?
Pour une ville moyenne on subit les nuisances d’une grande ville. Un réseau de circulation mal pensé et pas de parkings souterrains dans les maisons. A toutes les heures de la journée, il y a des problèmes. Et cela va plus vite que ce que les autorités essaient d’entreprendre pour les résoudre. On a par ailleurs une recrudescence de l’utilisation de la voiture. Les personnes souhaitent se parquer devant la porte de leur lieu de travail!

MOINS DE FÊTES DE GENÈVE OU PAS DE FÊTES DE GENÈVE, EST-CE QUE CE SERA MIEUX POUR LA CIRCULATION ?
L’association organisatrice n’existe plus, mais les feux existeront toujours. Que les Fêtes existent ou soient raccourcies, cela m’importe peu. Je pense que 11 jours sont une bonne durée. Nous devrions mettre l’accent sur le Jardin anglais. Car il y a un parking souterrain, un bel accès, et pas de maisons dans les alentours. Ceux qui habitent sur le quai ne sont en revanche pas contents. Ils ont pourtant la chance d’habiter dans un bel endroit. De temps en temps dans la vie, il faut accepter le fait qu’une manifestation soit mise sur pied pour tout le monde et pour que les gens viennent s’amuser.

VOUS VOYAGEZ ÉNORMÉMENT. UNE VILLE QUI SELON VOUS EST UN EXEMPLE A SUIVRE ?
Bordeaux. C’est beau, fonctionnel et simple. Il suffit de pas grand-chose. Le problème ici c’est que nous avons pris trop de retard. Les quais à Genève ne sont ni coquets ni accueillants. On n’a pas non plus le sens festif ni celui de l’accueil.

L’AVION ?
Pas d’appréhension particulière. Je trouve ça très pratique, surtout avec l’aéroport juste à côté. L’accès est cependant compliqué et sous- dimensionné. Dans beaucoup de domaines, on n’a jamais anticipé les besoins. Le temps qu’un projet se réalise, nous sommes déjà en retard.


Brigitte Rosset

À Genève, c’est compliqué.

L’humoriste varie les moyens de transport selon les trajets qu’elle doit effectuer. Sa préférence pour le train tient au fait que c’est le seul où il est vraiment possible de faire autre chose que de se déplacer.

Comment vous déplacez-vous à Genève ?
On ne se déplace pas à Genève (elle rit)! Je jongle selon les besoins. J’habite route de Jussy, le bus qui m’amène au tram 12 est peu fréquent, alors souvent je vais en vélo, parfois à pied, jusqu’à l’arrêt. Je suis devenue fan du tram. Je n’utilise la voiture que quand je suis sûre de pouvoir passer de l’autre côté. Si je me rends à Lausanne, jamais je ne prends mon auto, c’est bien mieux en train. La voiture, c’est pratique, on met tout dedans, on a tout sous la main. Sauf qu’à Genève, c’est compliqué.

Pour une humoriste, y a-t-il quelque chose qui vous fait rire dans la gestion de la mobilité par les autorités?
C’est déjà toute une organisation pour mes trajets, alors la gestion de la mobilité, ce n’est pas tellement mon sujet. Si on me disait : «Brigitte, tu as pleins pouvoirs, vas-y!» je ne saurais pas quoi faire. J’espère juste que l’arrivée du CEVA va améliorer les choses, comme le métro l’a fait à Lausanne. Ah oui! Une chose me fait rire, c’est la sortie du parking de la gare de Cornavin. Ce n’est pas possible! On dirait qu’en séance, lorsqu’on l’a construit, personne n’en a jamais parlé. Et plus jamais depuis. Quand on en sort, on a toujours l’impression d’être faux, avec les bus, les voies de tram, les piétons, les cyclistes.

Il y a aussi des miracles. En arrivant avec le tram sous le passage couvert, il fallait descendre à l’opposé de l’entrée de la gare et attendre pour traverser. Depuis la fin décembre, c’est incroyable, les portes s’ouvrent du bon côté.

Et y a-t-il quelque chose qui vous énerve?
Je me prépare tellement psychologiquement pour aller quelque part que je ne m’énerve pas. Oui, bon, la sortie du parking de Cornavin est énervante. Sinon, je sais que cela ne sert à rien. Dans le trafic, même ceux qui roulent trop lentement, je m’en fiche. Je me concentre pour ne pas m’énerver, c’est une telle perte d’énergie. Au volant, le petit vélo dans ma tête démarre, je suis mes pensées, alors je ne stresse pas. En réalité c’est seulement ceux qui s’énervent qui m’énervent! Si c’est le cas, je fais exprès de ne pas les regarder.

La circulation, tant en voiture qu’en transports publics, en vélo ou à pied, révèle certains travers de la nature humaine: lesquels remarquez-vous?
Il y a tout de même un phénomène de grosse voiture, petite voiture. Les conducteurs des grosses estiment que vous DEVEZ les laisser passer. Il y a aussi l’attitude des personnes qui circulent avec des vélos électriques. Ils ont l’air tous très heureux! Ils se tiennent droits comme des i, à la manière de Jacques Tati. Mais ils me font un peu peur, car souvent ils vont très vite. Il y a une personnalité qui colle aux vélos électriques. Des dames accrochent des fleurs à leur petit panier, ont un équipement choisi. À l’opposé, il y a la tenue des hommes sur leur vélo de course. Il n’y a rien de moins sexy. Sur leur piste cyclable, à la route de Jussy, ils nous font bien comprendre qu’ils sont sur leur terrain de jeu sportif, à eux, ils font la circulation, nous sommes sur leur espace vital.

J’ai beaucoup de sympathie pour les chauffeurs de bus. Quand on leur adresse la parole, c’est le plus souvent pour les engueuler. Dans les bus scolaires, avec cent gamins qui hurlent, je n’ose pas imaginer leur calvaire.

Et l’avion ?
Je ne suis pas très rassurée. Je ne suis pas très technologique, un simple téléphone me fascine. Comment peut-on se parler ainsi à distance? Alors un avion, cette masse d’acier qui vole, cela me dépasse. En fait, mon moyen de transport préféré est le train. On y fait ce qu’on veut, tranquillement, sauf quand des personnes parlent fort. Selon ce qu’ils disent, je sors mon carnet de notes. Je suis effarée que dans un si petit pays, certaines personnes citent des noms, dans un wagon, comme si personne ne pouvait les connaître. S’il se raconte des bêtises, je les relève, c’est parfois drôle. J’aimerais assez faire un grand voyage en train, style Orient-Express. J’étais allée avec le Théâtre de Carouge de Moscou à Saint-Pétersbourg dans la flèche rouge, c’était une expérience. D’autant que dans certains lieux, on nous donnait des barres de fer pour nous barricader, à cause des Tchétchènes…


 

Philippe Chevalier « Je parcours 80 à 100 km par jour avec mon vélo électrique

Dans l’entrée du restaurant «Chez Philippe», juste à côté de l’ascenseur et d’un football de table trône «le» véhicule. Philippe Chevrier termine une séance de coordination et nous rejoint.

ET SI NOUS PARLIONS DE MOBILITÉ…

Je suis heureux ! Cela fait deux mois et demi que je roule en vélo électrique. J’ai déjà fait 1500 km. J’ai choisi la marque suisse Stromer. Avec lui, je peux parcourir 80 à 100 km chaque jour, ce que je ne ferais jamais avec un vélo normal. Pour moi c’est un moyen de transport fantastique.

EST-CE QUE VOUS L’UTILISEZ TOUT LE TEMPS?

Quand je finis, le soir, c’est souvent assez tard, minuit, une heure. Pour rentrer à la maison, je dois faire 17 km et j’adore ce moment passé à vélo. Je m’oxygène, et me fais du bien, sans trop d’effort.

GENÈVE EST-IL UN CANTON ADAPTÉ?

Je trouve qu’il y a beaucoup de pistes cyclables. Certaines sont dangereuses. Quand elles sont placées entre le trottoir et les voitures, il faut être très attentif et très prudent, une portière peut s’ouvrir soudainement. Mais nous sommes bien fournis et avec ma compagne nous sommes devenus très branchés vélo. Nous avons acheté un «cargo» avec une sorte de benne pour mettre notre fils de deux ans et demi, il adore. Grâce aux batteries, l’autonomie est suffisante. Si je ne roule pas à fond, je peux parcourir 160 km, mais il faut pédaler assez fort.

ET LES AUTRES MOYENS DE TRANSPORT?

J’adore les voitures. Elles font partie de mes loisirs. J’adore aussi aller au Salon de l’Auto. J’aime la beauté des formes et je suis épaté par tout le système économique qui est derrière cette industrie. C’est fascinant de voir tout ce qui arrive sur le marché, il y a une prise de conscience extraordinaire.

J’étais aux 24 Heures du Mans cette année, le bruit des voitures de course a changé, les motorisations hybrides sont omniprésentes. Pour tous les jours, quelque chose a évolué, c’est dans l’air du temps. En ce qui concerne la pollution, on accuse un peu trop la voiture, il n’y a pas que ça. Dans le futur, comme en compétition, il n’y aura plus les sonorités des moteurs, cela sera compensé par des lignes incroyables, comme celles de la Mission E, prototype de voiture électrique sportive que Porsche a présenté. La mobilité électrique avance, je suis en train de réfléchir à installer une borne à Châteauvieux. Il faudra faire ce genre de choses, puisque dans cet établissement, on peut rester pour dormir, donc il faudra offrir la possibilité de recharger une voiture électrique.

SUR LE PLAN DE LA MOBILITÉ, QU’EST-CE QUI VOUS ÉNERVE?

La traversée du lac. Depuis le temps qu’on en parle, on devrait déjà l’avoir depuis longtemps, et elle serait quasiment payée! Avec un pont, on pourrait faire quelque chose de très beau. Sinon, je trouve que nous sommes bien servis, avec un réseau de transports publics complet, beaucoup de trams.

Gil Egger


Les accros du vélo sillonnent le canton

Philipp Krick a créé sa cyclomessagerie voici vingt-quatre ans.

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QU’EST-CE QUI A CHANGÉ DEPUIS VOS DÉBUTS?
La manière assez latine de conduire reste la même en ce qui concerne les automobilistes. Mais aujourd’hui les mauvais comportements viennent des cyclistes, qui sont plus nombreux. Et je trouve que les transports publics n’ont pas progressé. ils sont compliqués, lents, pas fiables. Pour les cyclistes, les aménagements ne sont pas toujours judicieux, les pistes cyclables se terminent par endroit en piège. À Genève, les vélos sont souvent sur les trottoirs, on ne voit pas ça ailleurs. Il y a aussi les vélos électriques ; malheureusement, ceux qui les utilisent montrent la plupart du temps qu’ils ne savent pas rouler: c’est dangereux, il faudrait qu’ils apprennent. Fabian fait ce travail depuis huit ans, Florian quatre.

POURQUOI AVOIR CHOISI CE MÉTIER?
Pendant mes études d’assistant socio-éducatif, j’ai commencé à faire le coursier. J’ai découvert que c’est une communauté extraordinaire, nous sommes tous des passionnés. Il y a même un championnat du monde de la discipline. Si je voyage ailleurs, je vais dans la première cyclomessagerie et je trouve quelqu’un pour m’héberger. Et puis je peux travailler à temps partiel à plein temps ce serait impossible.

POUR VOUS, C’EST AUSSI UNE PASSION. COMBIEN DE COURSES FAITES VOUS CHAQUE JOUR? 

C’est assez variable; ça dépend si on a des courses normales, c’est-à-dire entre deux adresses, des tournées, des courses lointaines ou des aller et retours avec beaucoup de temps d’attente. Mais en moyenne une bonne vingtaine.

UTILISEZ-VOUS LES PISTES CYCLABLES?
Rarement, elles sont contraignantes, nous obligent à faire des détours. Notre temps est compté, nous ne voulons pas être bloqués.

PORTEZ-VOUS LE CASQUE?
Toujours, c’est l’entreprise qui l’exige. À titre privé, je le porte aussi, c’est devenu un réflexe. Quand on leur demande quelles sont les principales difficultés rencontrées dans le trafic, leur première réponse est l’inattention. Il faudrait que les automobilistes et les scootéristes regardent dans leur rétroviseur. Et fassent systématiquement attention en ouvrant leur portière, pour eux une porte qui s’ouvre soudainement c’est le cauchemar.

Gil Egger


Maître Bonnant « l’incroyable arrogance des prioritaires »

Rencontre lors du premier Salon international de l’écriture : nous avons interrogé Me Marc Bonnant à propos de la mobilité à Genève. «Je suis un très mauvais sujet, je ne me déplace qu’en voiture, de préférence avec le chauffeur. Je n’aime pas la promiscuité des transports publics. J’en vois la nécessité, mais la foule, le groupe que je ne choisis pas m’est toujours une offense.»

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QUE PENSEZ-VOUS DE LA GESTION DE LA MOBILITÉ À GENÈVE?
Je crois que l’on va de paralysie en paralysie. Certainement nos édiles sont très compétents, mais je ne sais pas très bien comment ils organisent le mouvement. Ils n’en finissent pas de faire des travaux, d’innover mais, au bout de ces innovations, c’est plus une fluidité promise qu’une fluidité acquise. Je suis frappé quand je circule à Genève, et je circule peu, à quel point il est difficile d’aller vers une destination. Presque tout devient aventure.

Presque tout devient aventure

QUE PENSEZ-VOUS DE CETTE TENDANCE DE VOULOIR FAVORISER LA MOBILITÉ DOUCE, COMME SI TOUT LE MONDE DEVAIT ALLER À PIED OU À VÉLO?
Je vois l’idéal qui sous-tend cette proposition-là. Il se trouve que nos vies
obéissent à des rythmes. (…) Et ce rythme là rend, me semble-t-il, difficile que l’on se promène en musardant, dans le bonheur des traversées buissonnières. Aujourd’hui, ce qui me frappe si l’on songe aux grandes évolutions de notre société, ce que je dis n’est pas d’une grande originalité, c’est moins le contenu de la nouveauté que le rythme de la nouveauté. Cela était déjà prédit il y a cinquante ans par un sociologue qui s’appelle Töffler(*), et qui parlait du choc du futur, qui disait que c’est moins un contenu qu’une cadence. Nous faisons des choses perpétuellement, nous sommes perpétuellement en mouvement, le mouvement s’accélère et les techniques conduisent à cette accélération. (…) Je pense que la modernité se caractérise notamment par l’accélération des rythmes et il faut que l’on pense à ce rythme comme étant une matière et pas simplement une cadence. Quand je dis que la cadence est une substance, c’est qu’il faut penser véritablement cette accélération de nos vies qui probablement en altère le contenu.

QUAND VOUS CIRCULEZ À GENÈVE, QUE PENSEZ-VOUS DE LA MIXITÉ DE TOUS CES TRANSPORTS, PIÉTONS, CYCLISTES, SCOOTERS, AUTOMOBILES? ET DES COMPORTEMENTS QUI DEVIENNENT UN PEU SAUVAGES?
Ce qui me frappe, mais une fois encore le trait est un peu outré, c’est l’incroyable arrogance des piétons. L’arrogance un peu moindre des cyclistes. Au fond, plus on est loin de la mobilité, plus on est arrogant. Avec cette manière d’être sûr de son bon droit et d’incarner l’avenir. C’est un peu futile, mon appréciation. Mais lorsque je laisse passer très naturellement un piéton, il traverse sans un regard, sans un sourire, sans un salut, avec cette lourde arrogance de celui qui est dans son bon droit de prioritaire. L’arrogance des prioritaires!

Au fond, plus on est loin de la mobilité, plus on est arrogant.

(*) Alvin Töffler, sociologue et futurologue. Livre: «Le choc du futur».
Gil Egger