« Sa voiture, son chez soi. » Marc Rosset

Marc Rosset, premier champion olympique de tennis sacré en 1992, fait partie du cercle très fermé des rares joueurs au monde à avoir remporté un tournoi sur les quatre surfaces différentes. Il est désormais consultant auprès de la TSR et directeur sportif du Geneva Open ATP 250.

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Certaines personnes se rappellent qu’en 1989, lorsque vous aviez gagné le Geneva Open, vous vous rendiez au Tennis Club des Eaux-Vives en scooter avec un L. Aujourd’hui, comment vous déplacez-vous à Genève ?
Juste après ma victoire, j’ai longtemps roulé en voiture rapide. C’était une époque où l’on pouvait encore rouler assez vite. Depuis, cela m’a passé. Maintenant, j’alterne entre voitures, motos et scooters. Il est vrai qu’avec le temps je suis devenu motard.
J’ai découvert la moto il y a une dizaine d’années. À Genève, c’est plus simple de se déplacer à moto et c’est aussi un remarquable moyen pour découvrir de magnifiques paysages. Le sentiment de grande liberté que l’on ressent lors de virées est indescriptible.

Ce sentiment de liberté, le ressent on seulement en roulant à moto ?
Non, pas nécessairement. L’être humain a ce sentiment dès qu’il est dans sa voiture. Lorsque, par exemple, vous revenez de vacances ou de voyages d’affaires et que vous atterrissez à Cointrin, deux sentiments contraires peuvent vous habiter. Si vous rentrez chez vous en taxi, vous prolongez en quelque sorte votre voyage. Mais dès que vous êtes dans votre voiture, vous êtes déjà chez vous.
C’est votre espace de liberté.

Comment appréciez-vous la mobilité en ville de Genève ?
Je relativiserai. Nous les Genevois avons toujours tendance à nous plaindre. À gueuler. Mais, quand vous sortez de Genève, et que vous vous rendez à Moscou ou à Saint-Pétersbourg — des villes que je connais bien pour m’y rendre régulièrement — la réalité est très différente. Moscou, une ville de plus de 10 millions d’habitants, subit des embouteillages beaucoup plus importants qu’à Genève. Alors qu’ici, il suffit que ça bouchonne entre la rue de Lausanne et le quai Gustave-Ador pour que tout le monde s’énerve. Et puis les Genevois râlent toujours contre les travaux. Mais il y en a toujours à Genève. C’est comme ça. En revanche, je dois reconnaître que j’ai un mode de vie sans vraiment d’horaires fixes. Et contrairement à d’autres, je circule rarement pendant les heures de pointe…

Les jeunes passent leur permis beaucoup plus tard, qu’en pensez-vous ?
Les nouvelles générations vont sans doute avoir une approche différente de la voiture et de la circulation. Les habitudes changent. Mes neveux ont un rapport au déplacement différent du mien. Leur abord est totalement distinct. Mais pas seulement.
Mon frère se rend à son bureau en vélo électrique. En hiver, les week-ends, quand il va avec sa famille en Valais, il utilise le train. Cela lui prend seulement deux heures et il évite les bouchons. Et il ne doit pas être le seul à agir de la sorte. Et pourtant, le vendredi à l’aller et le dimanche au retour, l’autoroute est toujours aussi pleine…

Aujourd’hui, quand vous vous rendez au Geneva Open, comment y allez-vous ?
Je m’y rends en moto, en scooter ou alors en voiture. Cela dépend du temps. Mais c’est quand même paradoxal. À Wimbledon, par exemple, je fais plus de distances en transport public. En fait, quand on est ailleurs on s’adapte. Alors que dans sa ville on recherche son confort!

Propos recueillis par Robin Bleeker


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Claude Devillard

Le plaisir de conduire comme avant a disparu

Claude Devillard

COMMENT VOUS DÉPLACEZ-VOUS À GENÈVE ?
Quand c’est nécessaire, je prends la voiture. De mon domicile d’Onex à la gare, je circule en tram. En un quart d’heure, je suis en ville, sans problème de parking ni de stress. C’est pour moi une question de rapidité! Mes quatre enfants ont tous le permis de conduire depuis leurs 18 ans. À mes yeux, cela reste le gain d’une certaine liberté. Ils ne veulent pas avoir leur propre voiture et s’enquiquiner à chercher où parquer, ils empruntent donc celles des parents. Ils se déplacent un maximum en transports publics. Lorsqu’il le faut, ils prennent un véhicule Mobility ou ils louent une voiture pour partir en week-end.

QUEL EST VOTRE RAPPORT À LA VOITURE ?
La voiture, c’était un sentiment de liberté d’une part, et le plaisir de conduire d’autre part. Aujourd’hui je dois reconnaître que je n’éprouve plus beaucoup de satisfaction à conduire comme avant. J’envisage d’ailleurs de mettre à disposition de l’entreprise un chauffeur car, selon le parcours, le voyage en transports publics peut s’avérer compliqué. Un trajet avec chauffeur permettrait d’optimiser mon temps en lisant mes e-mails et en effectuant mes appels. Le plaisir de conduire revient lorsque l’on fait un déplacement sympathique le week-end, hors des sentiers battus, loin de la circulation et sans stress. J’apprécie! Mais pour une utilisation professionnelle, c’est insupportable!

LA MAISON DEVILLARD EMPLOIE UNE CENTAINE D’EMPLOYÉS SUR DIFFÉRENTS SITES. SONT-ILS INCITÉS À PRENDRE LES TRANSPORTS PUBLICS ?
Oui absolument, on a même une prime spéciale mensuelle pour les collaborateurs qui adoptent la mobilité douce. C’est-à-dire TPG ou vélo. Nous leur offrons l’équivalent du prix de l’abonnement TPG. Ça marche bien! Et nous avons même construit depuis un garage à vélo!

QUAND LE CEVA SERA EFFECTIF ET SI L’OPPORTUNITÉ EN VAUT LA PEINE, ENVISAGERIEZ-VOUS D’OFFRIR À VOS COLLABORATEURS FRONTALIERS CES MÊMES CONDITIONS ?
Oui, tout à fait, s’ils ne prennent plus la voiture! Toutes les mesures que nous mettons en place pour diminuer le trafic sont favorables à tous.

PARLONS DES CYCLISTES: COMMENT LES RESSENTEZ-VOUS EN VILLE DE GENÈVE ?
C’est effrayant! Je pense que la plus grande source d’anxiété pour un conducteur quel qu’il soit, c’est les cyclistes. Majoritairement, ils débouchent de nulle part, ils brûlent les feux rouges, ils ne respectent ni les trottoirs ni les passages piétons.

À PROPOS DE LA MOBILITÉ À GENÈVE ET DES PROJETS D’AMÉNAGEMENT, NOUS PENSONS À LA GARE OU À LA TRAVERSÉE DU LAC PAR EXEMPLE, QUELLE EST VOTRE POSITION ?
Je pense qu’il faut agrandir la gare puisque le transport ferroviaire va augmenter. Ce que je regrette c’est que l’on n’ait pas finalisé la «raquette» (le tracé qui va de l’aéroport à la gare). Nous aurions pu proposer un projet d’agrandissement de la gare plus raisonnable et une meilleure fluidité dans le trafic. D’autre part, il est regrettable de ne pas avoir trouvé d’accord avec la gauche et les écologistes, pour construire un pont ou un tunnel sur le lac. Éventuellement un pont à deux étages, d’une part pour les véhicules individuels et d’autre part pour les trains.

VOUS VOYAGEZ BEAUCOUP ET VOUS CONNAISSEZ SANS DOUTE D’AUTRES VILLES COMPARABLES À GENÈVE. AVEZ-VOUS UNE RÉFÉRENCE OU UN MODÈLE EN MATIÈRE D’AMÉNAGEMENTS ET D’ORGANISATION DE LA CIRCULATION ?
À Paris, Londres, Berlin, Bruxelles, je n’imagine même pas circuler autrement qu’en transports publics. Ils sont bien organisés, notamment le métro qui dispose de connexions et de plans très pratiques. Prendre la voiture n’aurait pas de sens! J’ai eu récemment un coup de foudre pour la ville de Copenhague. Ils ont conçu des «autoroutes» pour vélos qui permettent une circulation fluide, rapide et en toute sécurité. En conclusion, il faut cependant souligner les travaux d’aménagement de la Voie verte à Genève, semblable à la Green Line de New York. C’est vraiment une réussite! Enfin, je suis convaincu que le modèle CEVA genevois, associé à un bon réseau de trams, devrait aider considérablement à l’amélioration du trafic en ville. Le CEVA sera très agréable autant pour ceux qui sont au-dessus que pour ceux qui sont en dessous!

Propos recueillis par Gil Egger


Alain Morisod

LA MOBILITÉ A GENÈVE ? UN SCANDALE!

COMMENT VOUS DÉPLACEZ-VOUS À GENÈVE ?
Essentiellement en bus, d’Anières, où j’habite, aux Eaux-Vives, où je travaille. Je suis abonné aux TPG depuis plus de 40 ans et je n’ai jamais appris à conduire. Pendant la journée, il arrive qu’un de mes collaborateurs m’amène à mes rendez-vous, sinon je fais appel à un taxi. Je suis un bon client des taxis, mais pas forcément des taxis Uber (rires).

POUR QUELLE RAISON ?
Je me sens proche des taxis genevois et leur service est très bon. Je les connais pratiquement tous.

VOUS NOUEZ DES RELATIONS DANS LES TPG ?
Ah oui! Certains chauffeurs sont très loquaces, d’autres plus discrets. Avec certains on se tutoie même. Pour la petite histoire, l’un d’eux m’a dit: «C’est vous ou bien vous lui ressemblez?». C’est assez sympathique. Selon moi, à Genève, les personnes qui gueulent contre les transports publics sont celles qui ne les utilisent pas. Ils sont à l’heure, ils fonctionnent tous les jours. On oublie que nous sommes mieux lotis qu’ailleurs, comme en France par exemple où la tolérance d’horaire est d’une demi-heure à trois heures. Je n’ai personnellement pas à me plaindre et je m’organise en conséquence. Le matin, par exemple, je pars tôt pour éviter de prendre le même bus que les élèves (trop de bruit).

LA MOBILITÉ EN GÉNÉRAL EN VILLE ?
La voie de bus sur le pont du Mont-Blanc a selon moi contribué à améliorer le trafic. Cependant, la situation à la place de la Gare est un scandale! On ne sait pas si ce sont les taxis qui doivent passer, les bus ou les piétons. On ferme de plus en plus de rues, on met en place des sens uniques… On n’y comprend plus rien. Quelle idée de mettre les voitures en épi le long de la rue du XXXI-Décembre aux Eaux-Vives! C’est tellement dommage! Cette avenue qui donne sur le jet d’eau! On se trompe de combat. De plus, les gens sont viscéralement indépendants, ils veulent aller avec leur voiture le plus près possible du bureau. On ne sait pas appréhender l’avenir à Genève!

AU SUJET DE LA RÉORGANISATION DE LA GARE ?
A voir, mais des emmerdes pendant des années. La rue des Alpes en double sens? Je ne savais pas. La nouvelle gare est cependant très très belle, un truc super, et qui reste super fonctionnelle.

VOTRE AVIS SUR LE COMPORTEMENT DES CYCLISTES ?
Les avis sont partagés, cela dépend des jours. Parfois je sors de mon allée et j’aperçois des cyclistes qui arrivent et me bousculent… Quant au pont du Mont-Blanc, on n’en parle même pas. Ils n’ont rien à faire là! Même s’ils veulent emprunter une piste cyclable, ils ne prennent pas en compte les signaux de circulation. Et avec une telle impunité, ils se croient parfois tout permis.

QU’EST-CE QUI VOUS ÉNERVE DANS LA VIE QUOTIDIENNE AU SUJET DE LA CIRCULATION ?
Pour une ville moyenne on subit les nuisances d’une grande ville. Un réseau de circulation mal pensé et pas de parkings souterrains dans les maisons. A toutes les heures de la journée, il y a des problèmes. Et cela va plus vite que ce que les autorités essaient d’entreprendre pour les résoudre. On a par ailleurs une recrudescence de l’utilisation de la voiture. Les personnes souhaitent se parquer devant la porte de leur lieu de travail!

MOINS DE FÊTES DE GENÈVE OU PAS DE FÊTES DE GENÈVE, EST-CE QUE CE SERA MIEUX POUR LA CIRCULATION ?
L’association organisatrice n’existe plus, mais les feux existeront toujours. Que les Fêtes existent ou soient raccourcies, cela m’importe peu. Je pense que 11 jours sont une bonne durée. Nous devrions mettre l’accent sur le Jardin anglais. Car il y a un parking souterrain, un bel accès, et pas de maisons dans les alentours. Ceux qui habitent sur le quai ne sont en revanche pas contents. Ils ont pourtant la chance d’habiter dans un bel endroit. De temps en temps dans la vie, il faut accepter le fait qu’une manifestation soit mise sur pied pour tout le monde et pour que les gens viennent s’amuser.

VOUS VOYAGEZ ÉNORMÉMENT. UNE VILLE QUI SELON VOUS EST UN EXEMPLE A SUIVRE ?
Bordeaux. C’est beau, fonctionnel et simple. Il suffit de pas grand-chose. Le problème ici c’est que nous avons pris trop de retard. Les quais à Genève ne sont ni coquets ni accueillants. On n’a pas non plus le sens festif ni celui de l’accueil.

L’AVION ?
Pas d’appréhension particulière. Je trouve ça très pratique, surtout avec l’aéroport juste à côté. L’accès est cependant compliqué et sous- dimensionné. Dans beaucoup de domaines, on n’a jamais anticipé les besoins. Le temps qu’un projet se réalise, nous sommes déjà en retard.


Brigitte Rosset

À Genève, c’est compliqué.

L’humoriste varie les moyens de transport selon les trajets qu’elle doit effectuer. Sa préférence pour le train tient au fait que c’est le seul où il est vraiment possible de faire autre chose que de se déplacer.

Comment vous déplacez-vous à Genève ?
On ne se déplace pas à Genève (elle rit)! Je jongle selon les besoins. J’habite route de Jussy, le bus qui m’amène au tram 12 est peu fréquent, alors souvent je vais en vélo, parfois à pied, jusqu’à l’arrêt. Je suis devenue fan du tram. Je n’utilise la voiture que quand je suis sûre de pouvoir passer de l’autre côté. Si je me rends à Lausanne, jamais je ne prends mon auto, c’est bien mieux en train. La voiture, c’est pratique, on met tout dedans, on a tout sous la main. Sauf qu’à Genève, c’est compliqué.

Pour une humoriste, y a-t-il quelque chose qui vous fait rire dans la gestion de la mobilité par les autorités?
C’est déjà toute une organisation pour mes trajets, alors la gestion de la mobilité, ce n’est pas tellement mon sujet. Si on me disait : «Brigitte, tu as pleins pouvoirs, vas-y!» je ne saurais pas quoi faire. J’espère juste que l’arrivée du CEVA va améliorer les choses, comme le métro l’a fait à Lausanne. Ah oui! Une chose me fait rire, c’est la sortie du parking de la gare de Cornavin. Ce n’est pas possible! On dirait qu’en séance, lorsqu’on l’a construit, personne n’en a jamais parlé. Et plus jamais depuis. Quand on en sort, on a toujours l’impression d’être faux, avec les bus, les voies de tram, les piétons, les cyclistes.

Il y a aussi des miracles. En arrivant avec le tram sous le passage couvert, il fallait descendre à l’opposé de l’entrée de la gare et attendre pour traverser. Depuis la fin décembre, c’est incroyable, les portes s’ouvrent du bon côté.

Et y a-t-il quelque chose qui vous énerve?
Je me prépare tellement psychologiquement pour aller quelque part que je ne m’énerve pas. Oui, bon, la sortie du parking de Cornavin est énervante. Sinon, je sais que cela ne sert à rien. Dans le trafic, même ceux qui roulent trop lentement, je m’en fiche. Je me concentre pour ne pas m’énerver, c’est une telle perte d’énergie. Au volant, le petit vélo dans ma tête démarre, je suis mes pensées, alors je ne stresse pas. En réalité c’est seulement ceux qui s’énervent qui m’énervent! Si c’est le cas, je fais exprès de ne pas les regarder.

La circulation, tant en voiture qu’en transports publics, en vélo ou à pied, révèle certains travers de la nature humaine: lesquels remarquez-vous?
Il y a tout de même un phénomène de grosse voiture, petite voiture. Les conducteurs des grosses estiment que vous DEVEZ les laisser passer. Il y a aussi l’attitude des personnes qui circulent avec des vélos électriques. Ils ont l’air tous très heureux! Ils se tiennent droits comme des i, à la manière de Jacques Tati. Mais ils me font un peu peur, car souvent ils vont très vite. Il y a une personnalité qui colle aux vélos électriques. Des dames accrochent des fleurs à leur petit panier, ont un équipement choisi. À l’opposé, il y a la tenue des hommes sur leur vélo de course. Il n’y a rien de moins sexy. Sur leur piste cyclable, à la route de Jussy, ils nous font bien comprendre qu’ils sont sur leur terrain de jeu sportif, à eux, ils font la circulation, nous sommes sur leur espace vital.

J’ai beaucoup de sympathie pour les chauffeurs de bus. Quand on leur adresse la parole, c’est le plus souvent pour les engueuler. Dans les bus scolaires, avec cent gamins qui hurlent, je n’ose pas imaginer leur calvaire.

Et l’avion ?
Je ne suis pas très rassurée. Je ne suis pas très technologique, un simple téléphone me fascine. Comment peut-on se parler ainsi à distance? Alors un avion, cette masse d’acier qui vole, cela me dépasse. En fait, mon moyen de transport préféré est le train. On y fait ce qu’on veut, tranquillement, sauf quand des personnes parlent fort. Selon ce qu’ils disent, je sors mon carnet de notes. Je suis effarée que dans un si petit pays, certaines personnes citent des noms, dans un wagon, comme si personne ne pouvait les connaître. S’il se raconte des bêtises, je les relève, c’est parfois drôle. J’aimerais assez faire un grand voyage en train, style Orient-Express. J’étais allée avec le Théâtre de Carouge de Moscou à Saint-Pétersbourg dans la flèche rouge, c’était une expérience. D’autant que dans certains lieux, on nous donnait des barres de fer pour nous barricader, à cause des Tchétchènes…


 

U lacustre, les autorités aggravent les bouchons

Le TCS Genève avait accepté l’installation d’une voie de bus réservée aux transports publics sur le pont du Mont-Blanc à la condition que le trafic du U lacustre soit fluidifié. Les projets en cours ne vont pas dans le bon sens.

 

Actuellement, c’est au quai Gustave-Ador que les choses les plus inquiétantes sont en train de se jouer. Le TCS Genève soutient la création d’une piste cyclable bidirectionnelle sur ce quai, mais en maintenant les voies de circulation existantes et le stationnement longitudinal.

De longues fils d’attente

Le projet officiel veut supprimer 68 places de stationnement pour les voitures et deux places pour les cars, afin d’obtenir deux voies de circulation dans le sens de la sortie de ville. Or, ce n’est pas là que l’on observe les problèmes les plus lancinants; cette mesure est donc contestable. Elle l’est d’autant plus que ce stationnement perdu ne sera pas compensé, alors que ces places ont une réelle utilité dans le quartier.

La multiplication des feux de circulation a toujours un impact négatif sur la fluidité du trafic. Les autorités prévoient l’installation de quatre feux supplémentaires sur le quai Gustave-Ador (rue de la Scie, rue des Pierres-du-Niton, avenue de la Grenade et avenue William-Favre). Leur effet sera nuisible à l’écoulement du trafic et réduira la perméabilité par rapport aux traversées piétonnes et cyclistes. La liaison entre le quartier des Eaux-Vives et les quais ne sera pas simplifiée.

Il convient de relever que les feux engendrent des freinages et des redémarrages augmentant le niveau du bruit, en contradiction avec la volonté exprimée par les autorités de le diminuer. Le sens d’entrée en ville pose quotidiennement des problèmes aux usagers. Cela va s’aggraver dès lors que le projet officiel ne comprend plus une double voie continue: plusieurs présélections à gauche vont l’interrompre. D’autres solutions sont parfaitement réalisables pour éviter ces goulets d’étranglement. À proximité, un autre aménagement contestable a été relevé par le TCS. La suppression de la troisième voie de circulation entre le boulevard Helvétique et la place du Port en direction du pont du Mont-Blanc induira un risque de remontée de files d’attente jusqu’à Frontenex. Le trafic descendant du boulevard Helvétique serait également pénalisé.

Des pistes cyclables mieux conçues

Afin de réduire la distance entre les arbres et les cyclistes, pour éviter d’empiéter sur les voies de circulation, le TCS a proposé en 2014 la pose de grilles cyclables autour des arbres. Cette proposition fait l’objet d’une vaste consultation du Conseil des Déplacements (CODEP), qui a abouti à une solution négociée acceptée par les membres de ce Conseil. Le TCS regrette que cette solution raisonnable ait été abandonnée après l’introduction de la Loi sur une Mobilité Cohérente et Equilibrée (LMCE).

De nos jours, des solutions modernes permettent d’éviter des situations absurdes. Ainsi, la piste cyclable finit à la jonction du quai Gustave-Ador et de celui du Général-Guisan. Un feu donne la priorité aux cyclistes pendant 30 secondes. Or, la plupart du temps, aucun vélo n’est présent. Un simple détecteur à cet endroit supprimerait facilement ces longues attentes inutiles et contribuerait à fluidifier le trafic en direction du pont du Mont-Blanc.

Concernant ce dernier, le TCS préconise la construction d’une passerelle extérieure en amont, afin de revenir à des voies de circulations normales sur le pont. La Ville de Genève doit enfin aménager l’ouvrage qui avait fait l’objet d’un concours de projets
il y a plusieurs années. Le TCS lui-même a primé des concepts de passerelles réalisables sans grands coûts et sans gêne pour les mouvements des bateaux de la CGN.

« Mobility pricing », ça sonne bien, mais…

Le défi, c’est aussi sans doute ce qui motive celles et ceux qui choisissent de se déplacer aux heures de pointe: c’est tellement sympa de se retrouver dans des bouchons!

Là, c’est une véritable punition qu’on voudrait infliger à travers le principe de la mobilité tarifée à tous ceux qui roulent pour se rendre à leur travail ou en revenir et qui n’ont pas vraiment le choix de leur horaire. Même les CFF y songent… Camouflet infligé au passage aux entreprises qui pourraient bien, après tout, convoquer leurs collaborateurs à 10h30, 15h15 ou 2h du matin… Variante… ou complément, la proposition de l’Office fédéral des routes de remplacer la vignette par une taxe au kilomètre, histoire de punir non seulement ceux qui se déplacent à certaines heures, mais tous ceux qui roulent beaucoup. Comme si derechef cela ne résultait que d’un choix! Nous l’avons écrit en préambule: toutes les mesures visant à modérer le développement du trafic ne sont pas à condamner sans réflexion. Mais on n’ose imaginer un monde de la mobilité dans lequel tout ce qui précède serait cumulé aux fins de dissuasion. Car finalement c’est bien de cela qu’il s’agit: puisqu’aucun élu n’osera jamais se faire hara-kiri en réclamant une interdiction générale des déplacements privés, d’aucuns peuvent espérer que la multiplication des chicanes et des taxes en aura raison. La vigilance s’impose donc face à un acharnement qui ne dit pas son nom.

Didier Fleck


Et revoilà le péage urbain!

Décidément on adore relancer les mauvaises idées qui n’ont pas été concrétisées pour de bonnes raisons. C’est le cas du péage urbain et de la mobilité tarifée en général (voir paragraphe suivant), enterrés par les Chambres fédérales. On connaît le principe, appliqué notamment à Londres, Stockholm et Helsinki: les plaques des véhicules franchissant une frontière urbaine virtuelle sont photographiées et un système informatique facture à leurs détenteurs le prix de l’outrecuidance qui les a amenés à s’introduire en ville. Comme si tous avaient le choix d’aller se faire voir ailleurs et n’entraient en ville que pour narguer l’autorité!

Didier Fleck